Déclaration du Bureau politique de l'AFP sur la Situation économique nationale

Jeudi 19 septembre  2002

 

L'enchaînement des erreurs économiques du Gouvernement de Maître Abdoulaye Wade, depuis bientôt deux ans, fera, de l'année 2003, celle de tous les dangers pour la paix sociale, la démocratie et la sécurité.

Le Gouvernement de Mame Madior Boye avait promis aux Sénégalais de "placer le pays sur la rampe des pays émergents en 2002, avec un taux de croissance de 6,2 % et un taux d'investissement supérieur à 21 %". Moins d'un an après, tous les repères essentiels de la croissance sont négatifs.

1. La mauvaise gestion de la filière arachidière et les contre-performances de l'agriculture qui en résultent seront telles que le secteur primaire, dans son ensemble devra accuser une baisse de l'ordre de 7 à 8 % cette année, et environ 10 %, en 2003. Cette baisse sera voisine de celle des années 1997 et 1998. En effet, au marasme de l'agriculture, il faudra ajouter les conséquences sur l'élevage de la vague de froid de janvier qui a coûté plus de 30 milliards aux paysans du Nord et de la région de Louga, avec 700.000 têtes de bétail perdues, soit 5 % du cheptel national. Cette catastrophe devra entraîner une baisse du secteur de l'ordre de 7 à 8 %. 2. La pêche, dont les industries de transformation sont malades, voit sa production baisser, à cause de la vétusté des installations et à l'absence d'investissement.

3. Le secteur secondaire, dont la hausse envisagée de l'ordre de 8 % était liée à la progression des industries extractives, de l'huilerie et du BTP, sera certainement beaucoup moins performant :

- les difficultés d'accès au crédit bancaire et l'insuffisance des fonds propres des entreprises n'ont pas permis d'atteindre le taux d'investissement de 21 % voire moins de 19 %. Le taux d'investissement sera beaucoup plus faible cette année et, surtout en 2003 ;

- les exportations d'huile d'arachide seront presque nulles. L'affaissement des cours mondiaux de l'huile a poussé la Sonacos à stocker sa production plutôt que de vendre à perte ;

- la concurrence extérieure des produits de consommation courante pour les industries locales.

4. Le tertiaire, malgré les performances de la SONATEL ne sera pas en mesure de compenser la baisse des principaux secteurs à savoir le primaire et le secondaire. Une croissance qui ne reposerait que sur l'augmentation de la valeur ajoutée du secteur des communications ne serait pas une croissance saine capable de promouvoir l'emploi et de faire reculer la pauvreté

5. le déficit de la balance des biens et services, qui sera très important en 2002, du fait de la baisse substantielle des exportations des produits arachidiers et des engrais, sera aggravé en 2003, suite au fléchissement de la production nationale dans tous les secteurs et, notamment, des produits arachidiers, du fait de la mauvaise préparation du programme agricole 2002-2003.

6. La consommation finale, qui devra soutenir la croissance quel que soit son niveau, et dont la hausse prévue n'était que de 1,5 % en 2002, sera certainement négative en 2003 comme en 1994, pour les raisons suivantes :

- baisse inévitable des dépenses de l'administration des biens et services du fait de la nécessité impérieuse de freiner le déficit budgétaire dont le niveau national est sans précédent dans l'histoire du Sénégal ;

- baisse de la consommation des ménages, suite à la perte du pouvoir d'achat des agriculteurs et des éleveurs ;

- baisse du taux de croissance de l'investissement public et privé.

D'autre part, la disparition des avances statutaires de la BCEAO et l'obligation pour les Etats de recourir au marché des capitaux sera de nature à aggraver pour la collectivité et pour le contribuable en général, les coûts de la couverture des engagements financiers de l'État, au cours de l'année 2003.

7. La balance des paiements verra son déficit aggravé par celui de la balance des biens et services du fait de la faible mobilisation de ressources extérieures consécutive à la mauvaise qualité des relations entre le Sénégal et les organismes de Bretton Woods. Par ailleurs, de nombreuses distorsions sont apparues dans la mise en œuvre du programme d'investissements publics, du fait des positions incongrues du pouvoir en place qui a remis en cause plusieurs engagements souscrits auprès des bailleurs de fonds, conduisant ces derniers à bloquer leurs financements, voire à les supprimer (cas de la troisième tranche, de la troisième revue annuelle du programme du FMI). Les bailleurs, surpris par ces comportements auxquels les autorités sénégalaises ne les avaient habitués depuis fort longtemps, perdent progressivement confiance en notre pays. Cette situation se traduit également par un retard criard dans la mise en place effective de l'initiative de réduction de la pauvreté, le gouvernement n'ayant pas rempli les conditions préalables.

C'est pourquoi, l'AFP estime que le taux d'inflation sera supérieur à 4 % sous les effets conjugués de la baisse des avoirs extérieurs nets, de l'augmentation des crédits à l'État, consécutive à l'importance du déficit budgétaire et de l'augmentation du prix des produits vivriers dont l'offre sera nettement insuffisante par rapport à la demande.

Aussi, le taux de croissance de l'économie tournera, probablement, en 2002, autour de 3 %. Il sera plus qu' absorbé par l'inflation dont le taux devrait se situer entre 4,5 et 5 %

2003 sera donc une année de récession et la tendance à l'aggravation du chômage, déjà observée en 2002, sera accentuée par les milliers de diplômés et des jeunes issus des centres de formation qui arriveront sur le marché du travail.

Pour tout ce qui précède, l'AFP estime que le moment est arrivé pour le Gouvernement de reconnaître publiquement ses erreurs de gestion des affaires du pays et des finances publiques, d'accepter de les corriger, à travers la mise en place d'une véritable politique de développement national concerté et cohérent, susceptible de favoriser une meilleure expansion économique porteuse de croissance réelle et d'une prise en charge plus appropriée de l'emploi, en particulier de l'emploi pour les jeunes.

En tout état de cause, la gravité des distorsions de la politique économique du gouvernement appelle à une mobilisation nationale contre les dérives qu'elle entraîne tant dans la dislocation de notre tissu social que dans la dégradation de notre place dans la sous-région, en Afrique et dans le monde.

Dans cette perspective, l'AFP jouera son rôle à côté de toutes les forces sociales et du progrès pour barrer la route aux fossoyeurs de notre économie

 

Dakar, le 19 septembre 2002

Le Bureau Politique de l'AFP