Déclaration du Bureau politique de l'AFP

Lundi 7 octobre 2002


Dans le Tiers Monde en général, et en Afrique en particulier, ce début du 3ème millénaire met plus que jamais à nu la fragilité de l'État- Nation. Des régions entières du continent sont en proie à des convulsions qui amenuisent les chances de nos pays respectifs, dans le contexte de la mondialisation où le poids de l'Afrique est réduit à la portion congrue.

Malgré ces convulsions, le Sénégal a connu, le 19 mars 2000, une alternance pacifique saluée par le monde entier.

L'AFP a pris une part décisive à cette alternance, conformément à la lettre et à l'esprit de la Déclaration en date du 16 juin 1999, de M. Moustapha Niasse, déclaration qui résumait et prenait en charge les changements attendus par les populations sénégalaises.

L'AFP, en vertu de ce choix, a participé au premier gouvernement de l'alternance, aux côtés des autres formations politiques qui avaient remporté, ensemble, la victoire historique du 19 mars 2000.

L'AFP, dès le mois d'août 1999, avait solennellement proclamé son adhésion au désir du peuple en faveur de changements véritables dans le mode de gouvernement du Sénégal autant que dans les choix de rigueur, de sérieux et d'éthique républicaine sans lesquels notre pays ira inévitablement à la dérive.

L'AFP a respecté à la lettre cet engagement et ne ressent à cet égard ni regret ni amertume devant les événements qui ont conduit à son départ du gouvernement de l'alternance.

L'AFP n'a pas pris l'initiative de la rupture du 3 mars 2001.

Depuis lors, elle s'emploie, dans l'opposition démocratique, à poursuivre son combat pour que le Sénégal entame les vrais chantiers du développement.

C'est dans ce contexte qu'est survenue la tragédie du bateau "Le Joola" qui a plongé, dans un deuil national aux effets traumatisants, le peuple qui se trouvait déjà en proie à de multiples difficultés.

En cette circonstance où la douleur des familles est indicible, l'AFP présente de nouveau ses condoléances à l'ensemble du peuple sénégalais, ainsi qu'aux pays amis qui ont perdu des ressortissants dans ce naufrage.

Depuis le premier jour, l'AFP a résolument évité la politisation de ce drame.

Il y a lieu, néanmoins, de souligner que cette catastrophe intervenue en mer, en pleine nuit, a révélé de nombreux manquements et dysfonctionnements. Ces phénomènes et leurs récurrences sont liés à des comportements qui n'obéissent ni à la raison, ni à l'esprit de méthode et d'organisation, ainsi que l'a déploré du reste, le Président de la République, à Dakar comme à Ziguinchor.

Le Sénégal, notre pays, se trouve déjà confronté à une très grave crise économique et sociale, notamment dans le monde rural qui connaît une situation dramatique à la suite de deux campagnes successives et désastreuses de commercialisation des produits agricoles.

Pour l'AFP, cette situation inédite est caractérisée par la conjonction de plusieurs facteurs de ralentissement, voire de blocage des efforts consentis par tous les Sénégalais pour améliorer leurs conditions d'existence.

Le naufrage du bateau "Le Joola" est venu accentuer l'état de pauvreté des populations et les risques de tensions dans divers secteurs de la vie nationale ainsi que l'enclavement de la Casamance aux plans économique et sécuritaire.

Face à cette situation, tous les acteurs politiques, toutes tendances confondues, et à quelque niveau qu'ils se situent, ont l'obligation de faire preuve d'abnégation et de dépassement pour prendre en charge, dans un esprit d'ouverture et de patriotisme, les problèmes actuels avec lesquels le peuple sénégalais est confronté.

C'est la raison pour laquelle le Bureau politique de l'AFP, prenant acte du message du Chef de l'État adressé aux Sénégalais depuis Ziguinchor, le vendredi 4 octobre 2002, exprime sa disponibilité pour participer, dans la transparence et dans le respect des principes républicains, à toute initiative pouvant conduire à relever les défis et à réaliser les changements pour lesquels les Sénégalais, en toute liberté, avaient fait le choix de l'alternance, qui ne saurait être une fin en soi.

Par ailleurs, sur la question des équipements industriels et autres qui menacent la sécurité des citoyens sur terre, en mer et dans le ciel, l'AFP considère qu'une nouvelle politique de protection des personnes humaines, où qu'elles se trouvent, doit être élaborée et mise en œuvre dans les délais les plus brefs, dans le souci d'éviter des catastrophes comme la tragédie du bateau "Le Joola".

Dans cet esprit, reprenant la proposition de son Secrétaire général, M. Moustapha Niasse faite dans une déclaration à la presse, à l'occasion de la séance plénière de l'Assemblée Nationale consacrée à cette catastrophe, l'AFP demande l'élaboration d'un Code national de sécurité qui recensera tous les secteurs à risque sur le triptyque prévention, formation, sanction et établira les règles, mécanismes et procédures indispensables à cet effet.

Enfin, l'AFP réaffirme sa volonté de poursuivre son combat pour un développement concerté du Sénégal réconcilié avec lui-même, dans la bonne gouvernance, la paix, la concorde nationale, la coopération et la solidarité internationales.

Le salut de la République est à ce prix !

 

Dakar, le 7 octobre  2002

Le Bureau Politique de l'AFP