Déclaration de l'AFP sur l'Ecole

Jeudi 17 octobre 2002


Il ne fait aucun doute, aujourd'hui, que l'Ecole sénégalaise est malade. Les causes du mal sont multiples : effectifs pléthoriques liés à une explosion démographique et, surtout, à un manque de prévision (absence de construction de locaux, généralisation du double flux, etc., ) enseignants découragés et démotivés par de mauvaises conditions de vie et de travail.

La précarisation et la prolétarisation du style de vie des enseignants en général, et des contractuels, volontaires et vacataires en particulier, rendent la fonction moins valorisante. Ce qui, naturellement, rejaillit sur la qualité de l'enseignement.

Au reste, la mission affectée aux écoles de formation (E.N.S. et Ecole de Formation des Instituteurs (E.F.I), dont les missions initiales étaient de former, en deux ou trois ans, les professionnels de l'enseignement et qui, aujourd'hui, forment en quarante - cinq jours ou trois mois des enseignants, est la preuve, s'il en était besoin, du manque de projet éducatif véritable. A ces difficultés, vient s'ajouter le problème lancinant du transport. La nébuleuse société Dakar Dem Dik ne parvient toujours pas à absorber tout le flux.

Le Bureau Politique constate que la même crise structurelle frappe l'Université. Il ne s'agit pas seulement de situations liées à une conjoncture, mais d'un malaise qui perdure depuis de nombreuses années. En effet, depuis une vingtaine d'années, il ne se passe jamais d'année sans qu'il y ait des remous à l'Université, venant soit du corps professoral, soit des étudiants, soit du personnel administratif et technique.

La rentrée risque d'être celle de tous les dangers. Les syndicats d'enseignants brandissent déjà des menaces, et ces dernières, à coup sûr, n'augurent rien de bon pour l'année académique 2002/2003.

L'Université sénégalaise est semblable, aujourd'hui, à un grand lycée et risque de mourir par sclérose.

Autre problème : l'un des bienfaits de l'Ecole est qu'elle enseigne, c'est-à-dire transmet des connaissances et assure une formation. Aujourd'hui, avec le chômage endémique, beaucoup de jeunes, nantis de diplômes, ne trouvent pas d'emploi. D'autres, victimes du système, choisissent d'autres modes de promotion sociale, en investissant le secteur informel.

Le Bureau Politique considère que c'est une vérité d'évidence que de dire que l'accès au savoir est une revendication d'égalité à un niveau essentiel qui ne concerne plus seulement le pain mais l'esprit. Il importe donc que l'Ecole sénégalaise, pour ne plus ressembler à une institution dévastée et sans but, à une chose abstraite, sans visage ni forme, vide de tout contenu de recherche, qui n'est là que pour délivrer des diplômes, qu'elle conserve sa grandeur, qu'elle préserve son être et son âme pour le bien de la science et celui du développement de notre pays. Mais, pour cela, il faut une réelle volonté politique, laquelle, malheureusement, fait réellement défaut.

Fait à Dakar, le 17 octobre 2002.

 

Dakar, le 17 octobre  2002

Le Bureau Politique de l'AFP