CONTRE LA RESURRECTION DU PARTI-ETAT
L'AFP LE VOTE DE LA RAISON

Une perspective majeure ouverte au peuple sénégalais par la défaite du parti socialiste au soir du 19 mars 2000, fut la fin de règne du parti -Etat, qu'incarnait dans toute sa laideur et son arrogance une race d'hommes politiques en totale rupture avec les valeurs de probité, d'égalité et le sens de la mesure.

On n'était en droit d'espérer et d'attendre des hommes et des femmes qui ont pris les rênes du pouvoir politique issu des urnes de février-mars 2000, qu'ils mettent fin à ces décennies d'usurpation de la volonté populaire et de l'entêtement sectaire. C'est mal connaître la sociologie politique de notre pays que de croire que la page des intrigues de cour, de la malfaisance et de la patrimonialisation était définitivement et irréversiblement tournée. Le conservatisme politique a rendu ivre la direction du PDS, la boulimie du pouvoir et la démesure se sont emparées d'eux, au point qu'ils sont les seuls, à côté d'une cohorte de partis sans âme, ni perspective, de surcroît complètement vassalisés et instrumentalisés, à vouloir imposer, au soir du 29 avril, un règne sans partage sur la société sénégalaise.

S'ils en sont à caresser le secret espoir de nous imposer le diktat de leur parti qui est loin d'être le bon exemple de la droiture, de l'efficacité républicaine et du désintéressement, c'est qu'il y a des indices. Les dernières sorties aussi malheureuses que maladroites du Président de la République qui n'est candidat à aucune élection sont édifiantes. L'intimidation et les menaces contre le verdict du Conseil constitutionnel, la facilité et le goût que Maître Wade trouve à acheter la conscience d'une race de politiciens sans foi ni loi, la totale dévotion et l'hypocrisie d'alliés politiques de sa coalition, tous ces faits prouvés, auxquels il convient d'ajouter à la réalité sociologique de notre pays, exigent de la part de chaque électeur et de chaque électrice le sens de sa pleine responsabilité individuelle devant l'isoloir.

Le Président de la République a donné en moins d'un an le peu de souci qu'il accorde à l'équilibre confessionnel, ethnique, confrérique et interculturel de notre pays. Nous de l'AFP, qui fûmes ses alliés le temps d'une alliance, pour laquelle nous avons donné le meilleur de nous mêmes, savons mesurer que les sorties du Président Wade contre la Gambie, la Guinée Bissau, le Nigeria, l'Afrique du Sud et enfin récemment la Côte d'Ivoire n'étaient malheureusement pas des fautes d'un novice, qui ignore simplement le sens de l'état et à qui il fallait donner le temps d'apprendre. Non ! Ces exemples sont nombreux et font légion. Et s'ils ne sont pas le fait du Président de la République, de son Ministre d'Etat clone, ce sont ses ministres PDS, son entourage direct ou sa famille qui se font de plus en plus distinguer dans le mauvais sens. Le parti du Président et ses hommes se sont laissés dominés par la passion du pouvoir bonapartiste, la félonie et l'idolâtrie politiques. Il faut y mettre un terme. Devant ces périls, nous sommes en droit de nous organiser pour mettre fin aux dangers et dérives de ce type archaïque et irréaliste. Notre Président se prend pour Dieu le Père. Il sait tout, connaît tout, peut tout faire et a les moyens pour tous les problèmes sans avoir à recourir aux soins des autres. Il n'est entouré que de béni- oui oui. Il est donc temps de mesurer la porté d'un vote utile qui peut déboucher sur une cohabitation avec Niasse pour assurer à l'espace politique sénégalais un équilibre tel que la résurrection du parti-Etat ne soit plus possible.

Beaucoup de Sénégalais et de Sénégalaises ont voté en mars 2000 pour un ticket Wade- Niasse. Maître Wade y a mis fin pour régenter l'espace politique national. Contre le P.S., il brandit les menaces de dossiers d'Etat pour contenir les récalcitrants, à d'autres il fait miroiter des dividendes. La sortie de Idrissa Seck dans le Walfadjiri du 21 Avril en apporte une éclatante preuve. Devant l'AFP et Moustapha Niasse, l'Incorruptible, il ne lui reste que la calomnie et le goût du délétère qu'il délègue à son ministre d'Etat, oubliant de fait la porté essentielle et majeure du leader de l'AFP pour sa victoire et la défaite du PS. Pire, les hommes du Président par l'intermédiaire d'une certaine presse, tisse une toile d'hostilité contre l'AFP en organisant, avec la lie du PS qui l'a rejoint, un front de la rancune et de la haine contre le Premier Ministre de la première alternance pacifique du Sénégal.

Nous sommes sûrs de pouvoir compter sur le sens de discernement de nos compatriotes et surtout sur leur lucidité, afin d'éviter l'éparpillement du vote contre le Parti-Etat qu'incarne la coalition Sopi. Pour se faire il faut un report de ce vote républicain sur la liste de l'espoir et du progrès que dirige Moustapha Niasse. Aux adeptes populistes de la pensée unique, il faut opposer une cohabitation républicaine avec comme partenaire obligé un homme qui sait dire NON et qui a les moyens de sa politique. Le secrétaire général de l'AFP a donné au Sénégal des preuves répétées de son indépendance d'esprit, quand les intérêts du pays sont menacés et de sa totale loyauté à la République et à ses institutions qui la représentent. Le Président Wade ne peut pas nous démentir. Le vote utile a pour ambition la sécurité du moment. Son objectif , c'est une cohabitation avec un parti fort comme l'AFP, une expertise nationale et internationale, une égale distance entre le patronat, les hommes d'affaires et les travailleurs, un tissu relationnel sain et républicain entre toutes les confessions, les confréries et les ethnies. Cette sécurité est incarnée par Niasse, elle est en même temps une garantie contre les dérives de tous ordres. Les faits qui menacent la République et qu'il faut bannir en votant utile, sont : 1. les opération d'achat de conscience, 2. la confiscation de l'appareil d'état et son instrumentalisation par un groupe de copains et de coquins 3. la confrérisation de la République, 4. les menaces faites aux récalcitrants 5. la vassalisation des partis politiques qui l'acceptent, 6. la doublure des grands services de l'Etat que sont les sociétés nationales, les services de renseignements, la police, 7. l'autoritarisme, le clientélisme politique, la dictature du PDS sur la société, le dévoiement des institutions républicaines à des fins sectaires, la chosification des instruments publics.

Déjà par les agissements du Président même, relayés par d'autres candidats populistes, le vote du 29 avril comporte des germes nuisibles à la démocratie, à la cohésion et à l'unité nationale et à l'équilibre du Sénégal: il s'agit du vote ethniciste et confessionnel. Il faut éliminer ces tendances et la démagogie rampante, il faut l'extirper de la conscience des citoyens.

L'AFP est un parti pour qui la propagande religieuse, l'exhibitionnisme populiste et l'instrumentalisation des sentiments religieux en cette période de trouble et d'angoisse populaires ne sauraient être une arme politique. Notre parti appelle les citoyens à un vote massif, pour acquérir face aux périls, les moyens politiques de légiférer dans une assemblée plurielle. Comme force politique incontournable, l'AFP devient ainsi l'étendard contre les dérives de Wade et de son camp. Ce faisant, nous allons maintenir le cap sur la modernité politique. Notre credo, c'est, en lieu et place d'un populisme ambiant, le développement concerté, en lieu et place de la démagogie ethnocentriste, une société interculturelle, multilingue, multiconfessionelle et multiethnique, faite de solidarité, pour que le Sénégal, dans sa grande diversité, triomphe sur le camp de la pensée unique et du parti Etat. Notre parti inscrit son action dans la durée; notre objectif est la construction d'un vaste mouvement populaire pour l'émergence d'une gauche plurielle démocratique, fondant son action sur les valeurs du socialisme et de la démocratie.

Malgré l'handicap de sa très grande jeunesse, ses imperfections et des fois ses insuccès, notre Parti, l'AFP, grâce au dévouement de ses militants, la qualité intellectuelle et morale de ses adhérants, l'intelligence politique et le bon sens des Sénégalais, a considérablement contribué à façonner le visage politique du Sénégal que, certains retardés veulent vite défigurer. Nous ne faisons que commencer le processus de réappropriation de notre liberté politique et de nos responsabilités civiques, pour faire du Sénégal un pays enfin et définitivement réconcilié avec sa grande diversité.

Ce redressement passe par le développement économique et social, l'éclosion des talents, la performance de notre industrie et de notre agriculture. Mais notre développement n'est pas qu'économique. Il entre en dialectique interaction avec une mentalité et une conscience citoyennes, elles mêmes marquées du sceau de la modernité. Liberté et responsabilité vont devoir se conjuguer harmonieusement, pour faire du Sénégal et des Sénégalais les acteurs de leur propre développement. L'AFP, en tant que parti politique compte avec désintéressement total, être un instrument privilégié de cette réappropriation de notre pleine et entière citoyenneté.

Nous puisons cette forte conviction dans la certitude que les valeurs de justice et d'équité, ajoutées au sens de l'équilibre qui caractérise notre société, sont de puissants stimulants pour faire partager les idéaux du vrai socialisme démocratique au plus grand nombre de Sénégalaises et de Sénégalais. Ces idéaux, que certains ont vite défigurés et même trahis, doivent triompher dans ce Sénégal du partage et de la solidarité. Par le vote utile, que veut gagner l'AFP, nous comptons enfin assurer, face aux partisans du monolithisme et de la stagnation, la conquête, le partage et l'exercice concerté du pouvoir législatif par un Sénégal pluriel.

Mamadou Ly

Secrétaire National Chargé de l'Administration
et de la Permanence