Séminaire des Jeunes de l’Alliance des Forces de Progrès 

 

Dakar, le 23 septembre 2006

 

Thème général : éducation, formation, emploi, émigration des jeunes, développement concerté : quelles politiques pour demain ?

 

 

 

Allocution d’ouverture de Monsieur Moustapha Niasse

Ancien Premier Ministre

Secrétaire Général de l’AFP

 

Mesdames,

Messieurs,

Mes chers Camarades,

           Je voudrais, dès l’abord, saluer l’initiative prise par les jeunes de notre parti, l’AFP, d’organiser, en guise de rentrée politique, à l’automne de l’année 2006 et à quelques mois des prochaines élections de février 2007, le Séminaire qui, ce jour, ici à Dakar, nous rassemble autour du banquet de la réflexion, de l’analyse et de la concertation sur le présent, l’état et l’avenir de notre pays. 

Vous avez choisi, comme thèmes centraux de ce Séminaire, l’Education et l’Emploi des jeunes et vous avez choisi, pour les évoquer, le Professeur Libasse Diop, membre du Bureau politique de l’AFP et Monsieur Aboubacar Guèye, membre de l’ANCP, Manager-Coach d’Optimance. 

Les thèmes autant que les deux conférenciers portent notre légitime espoir de voir nos travaux aboutir à des conclusions et des décisions susceptibles de conduire le Sénégal, très bientôt, à sortir, dans ces deux domaines parmi d’autres, des marécages de l’enlisement et des turbulences qui secouent violemment notre pays. 

A vous deux, chers camarades, Libasse et Aboubacar, je laisserai, ainsi, le soin de nous développer, tout à l’heure, les réalités que portent ces thèmes et les inductions qui en résultent dans l’espace de vie des populations, des familles, des ménages, des élites d’aujourd’hui et de demain, de notre jeunesse dans le destin du Sénégal. 

Notre pays est présentement confronté avec des problèmes de diverses natures et d’ordres différents. 

La vie politique d’une nation ne peut être réduite à des meetings et autres manifestations populaires, abondamment médiatisées, tous les soirs sur l’écran de la télévision nationale. 

Notre pays doit se mettre au travail, avec sérieux et avec détermination. 

Evidemment, dans cette renaissance de la valeur-travail, les gouvernants actuels ont un rôle primordial à assumer. Ils doivent, enfin prendre conscience que le temps est venu, pour eux, de ne plus préférer de continuer à danser sur le fil du pouvoir et de jouer, sans discontinuer, les funambules. Nous les voyons, en effet, sur la scène politique proclamer des idées et annoncer des projets, pour faire croire que tout cela va se réaliser ou que même c’est déjà fait. 

Au même moment, les Sénégalais vivent dans leur chair, dans leurs maisons, à leurs lieux de travail, dans les transports de masse, des conditions d’existence qui frisent l’extrême pauvreté. Et les jeunes, en mer, au milieu de la nuit, les femmes en couches dans les hôpitaux, les malades dans les postes de santé, les paysans en brousse, les élèves et les étudiants, dans les écoles et à l’Université, subissent le poids de cette situation. 

C’est pourquoi, je veux évoquer, dans cette allocution d’ouverture de notre Séminaire, les dossiers brûlants du reste liés à l’émigration des jeunes, du fait du chômage et au système éducatif sénégalais, dans la mesure où les dysfonctionnements qui sévissent dans les secteurs de l’énergie et de l’industrie, compromettent toute chance de succès des politiques économiques annoncées par le pouvoir en place. 

Et pourtant, chacun des dossiers brûlants qui, aujourd’hui, sont sources de problèmes, a une solution. Celle-ci réside dans une volonté affirmée de reconstruire les supports de production qui sont les bases de tout redressement de l’économie de notre pays. Et ceci par la recrédibilisation des engagements de la puissance publique, dans ses rapports avec les partenaires au développement, et avec les Etablissements financiers privés,  Banques et Bailleurs de fonds multilatéraux aussi bien dans l’espace sous-régional ouest africain et continental que dans l’espace économique Europe, Amérique et Asie. 

L’Alliance des Forces de Progrès a des solutions. Les démocrates sénégalais et l’opposition organisée au sein de la CPA ont des solutions. 

Le Gouvernement du Sénégal est soumis à une double obligation, de morale politique et d’essence pratique, celle de commencer à surmonter les difficultés conjoncturelles qui se sont abattues sur le pays, et de consolider les bases d’une croissance forte et durable – ce qui relève du domaine du possible, si compétence, vision et capacité d’anticipation sont conjuguées avec transparence, souci du bien public et volonté d’efficacité – condition indispensable pour une réduction effective de la pauvreté. 

Ces dossiers – qui ont bien des solutions- sont : 

1.              la crise des ICS (Industries Chimiques du Sénégal)  

2.              l’asphyxie progressive des secteurs-clés de l’économie sénégalaise, que sont l’agriculture, l’élevage, la pêche et le tourisme

3.              la situation financière de la Société Africaine de Raffinage (S.A.R.)

4.              les chantiers ouverts à Dakar

5.              la situation financière de la SENELEC

6.              la SONACOS

7.              l’Aéroport de Ndiass

8.              la crise scolaire et le front social

 

J’évoquerai ces dossiers, sur des éléments techniques, en indiquant les raisons des difficultés qu’ils traînent. Les données que je mentionne sont objectives.  Le temps de polémiquer, celui des querelles stériles et de l’invective sont dépassés. A l’opposition comme au pouvoir, il incombe, chacun avec ses capacités, de sauver le pays. 

La crise des ICS

Les ICS ont connu trois mois d’arrêt de travail, au début de l’année 2006, dès le mois de janvier. Auparavant, elles avaient rencontré d’énormes difficultés que l’Etat a tenté de gérer, bon gré mal gré, avec des palliatifs de fortune.

 

Depuis six mois, des mesures ont été prises en même temps qu’était nommé à la tête du Groupe un nouveau Directeur Général. Celui-ci, précédemment Secrétaire Général de la société, est un homme qui connaît incontestablement le secteur de l’industrie minière. Il est apprécié par les bailleurs de fonds et les partenaires du Groupe, notamment par le partenaire indien, IFCO, appelé à devenir, bientôt, et en principe, l’actionnaire principal des ICS. Un processus de règlement préventif, présentement en cours, devait conduire, depuis le mois de juin 2006, à un accord de partenariat définitif. Ceci n’a pas été fait. Ce partenariat, non encore établi, doit permettre la prise en charge des créances cumulées des Industries Chimiques du Sénégal, et, dans ce cadre, l’adoption d’un calendrier de redressement de la société. Dans cette dynamique, deux organismes d’importance capitale ont leur mot à dire. Il s’agit de l’AFD (Agence Française de Développement) et de la BEI (Banque Européenne d’Investissement).

 

Ce partenariat définitif n’a pas encore été mis en place. Il le faut réaliser, rapidement, faute de quoi 2.500 emplois et autant de familles seront privés de tout revenu.

 

Déjà, l’impact de l’arrêt de la production des ICS se situe à un niveau de 1 à 2 points de croissance du PIB (produit intérieur brut). Le dossier de la crise des ICS, qui résultent d’erreurs graves dans la gestion de l’Entreprise doit être repris en main, avec sérieux et avec une vision claire de ce que cette unité industrielle représente une question majeure, dans toute politique crédible de croissance économique et d’assainissement de l’environnement des affaires au Sénégal. Le Sénégal doit faire quelque chose.

 

Il reste que l’option de la privatisation des ICS avec le Groupe IFCO est devenue incontournable. Il demeure aussi qu’aussi longtemps que le dossier des ICS ne sera pas réglé de manière définitive, les effets de la situation qui en résulte continueront de peser très lourds sur les finances de l’Etat, sous diverses formes et sur l’économie de notre pays. 

L’asphyxie progressive des secteurs-clés de l’économie sénégalaise, que sont l’agriculture, la pêche, l’élevage et le tourisme 

La crise des ICS que nous venons d’évoquer, sans nullement chercher à polémiquer en raison, principalement, des priorités qui nous interpellent tous à présent, fait partie des facteurs endogènes générateurs de risques graves sur la gestion des ressources de l’Etat et sur la construction d’une courbe régulière de croissance forte. La situation du monde rural, où la pauvreté ne cesse de s’accentuer de jour en jour, avec de nombreux effets pervers, trouve son explication dans la lenteur des mesures susceptibles d’apporter au Sénégal des montants importants de financements internationaux, et notamment des financements d’appuis budgétaires. Ces appuis budgétaires, lorsque l’Etat protège et maintient les conditions de sa propre crédibilité, en respectant les engagements qu’il prend ou qu’il signe avec les partenaires bilatéraux ou multilatéraux, voit s’ajouter aux montants programmés, des financements additionnels importants. Ce sont ces financements là, ajoutés les uns aux autres et programmés de manière rationnelle, qui peuvent soutenir tous grands travaux sérieusement étudiés et répondant à l’attente des populations, sans une propension à vouloir impressionner de futurs électeurs, et totalement éloignés des besoins réels et immédiats du peuple. Ces financements sont indispensables pour la relance de l’économie de notre pays. Ils n’arrivent pas, pour le moment. 

Au surplus, la mort programmée de la filière arachide, depuis l’année 2002, a conduit aux résultats que nous déplorons, présentement, tant en ce qui concerne le capital semencier – il faudrait entre 5 et 8 années pour reconstituer ce capital semencier, par des travaux et manipulations de laboratoires, avec des essais in situ (sur le terrain), pour que le Sénégal retrouve des semences d’arachide de qualité et en quantité suffisante – pendant que les prix sont tombés dans des proportions qui n’encouragent pas le paysan à accroître sa production. Au surplus, la production d’arachide, bien que réduite en volume, dépasse les capacités d’achat des organismes qui existent, par et en dehors de la SONACOS, pour acheter des graines. L’engrais manque. Quand il arrive dans les villages, c’est trop tard et à des prix prohibitifs, à 13.500 francs les 50 kgs. 

Le secteur de la pêche et celui du tourisme rencontrent des difficultés de même nature, du fait d’une gestion non planifiée et ne tenant nullement compte des réalités qui prévalent, face aux exigences de développement du monde rural. L’élevage subit les mêmes pressions, les éleveurs étant laissés à eux-mêmes. L’abandon quasi-total des fermes pilotes, à l’exception d’une ou deux d’entre elles, et le vieillissement des installations du Ranch de Doli et des expériences qui étaient en cours dans la zone de l’Anambé, au Fouladou, viennent achever le dépérissement de ce secteur. 

La situation financière de la Société Africaine de Raffinage (S.A.R.) 

Nous arrivons à la Société Africaine de Raffinage. 

Nul ne peut nier, nulle part aujourd’hui dans le monde, que lorsque les prix du pétrole brut flambent sur le marché international, passant de 30 dollars US à 40, puis 50, puis de 60 à 70 voire 75 dollars le baril (le baril de pétrole équivaut à 157 litres de brut), les conséquences d’une telle situation frappent toutes les économies. Lorsqu’il s’agit de pays du sud, qui ne disposent pas de mécanismes de compensation interne des effets de cette flambée des prix, grâce aux secteurs de l’industrie et du commerce, difficiles deviennent dès lors les mesures nécessaires pour juguler les manifestations et conséquences de cette acuité.  

Le Sénégal n’a pas échappé à ce phénomène. L’on ne peut, cependant, expliquer la situation actuelle de la SAR uniquement par l’analyse de l’augmentation du prix du brut au plan international. A ce facteur s’ajoute l’endettement de l’Etat sénégalais dans la trésorerie de cette société, qui est un Etablissement privé où l’Etat détenait 10 % du capital, aujourd’hui porté jusqu’à 30 %, à côté des 70 % détenus exclusivement par des actionnaires privés, dont d’importants Groupes européens. Cet endettement, qui se chiffre à une dizaine de milliards, trouve sa source dans des pertes commerciales et industrielles que la SAR a subies et qui proviennent elles-mêmes d’une structure inadéquate de la formule des prix. C’est que la puissance publique n’a pas respecté l’engagement de compenser ces pertes par des subventions, dont le taux était fixé d’un commun accord, et que l’Etat devait verser dans la trésorerie de la SAR. Pour commander et recevoir un bateau de pétrole brut, d’un volume de 800.000 barils équivalent à 110.000 tonnes, le prix à payer se situe aux environs de 50 millions de dollars des Etats-Unis, soit 25 milliards de francs cfa au minimum. Si la SAR est mise dans les conditions financières nécessaires, elle importera, à nouveau, du pétrole brut pour en assurer le raffinage et la commercialisation comme auparavant. 

Mais, si la puissance publique ne peut pas permettre que soit honorée une lettre de crédit, émise par les banques des vendeurs et des acheteurs de pétrole, dans des délais convenus et pour des montants de ce niveau, alors il y aura encore pénurie, du fait de l’arrêt même des approvisionnements en pétrole brut ou en produits finis.  

Il s’agit là, nous le voyons tous, d’un problème de techniques financières et de crédibilité dans le processus de paiement des produits commandés. Là se situe le problème et là aussi se situe la solution. Comme conséquence directe de cette situation, les livraisons de gaz et de pétrole accusent des retards – c’est bien le cas présentement - et les stocks sont réduits au minimum et ne peuvent donc plus satisfaire les conditions d’approvisionnement du marché.  

C’est ce qui explique, évidemment, les longues files de femmes, devant les magasins de vente de gaz butane. 

Il faut que l’Etat sénégalais paie la créance due à la SAR, partiellement ou totalement, et la SAR pourra redémarrer sans tarder et rétablir la crédibilité qui doit nécessairement accompagner ses commandes de produits pétroliers. Dans le cas contraire, la situation demeurera ainsi. Avec la poursuite du déroulement des conséquences vécues déjà par les Sénégalais, et qui ont noms pénurie et augmentations de tous les produits de la chaîne. 

Les chantiers ouverts à Dakar 

Les Sénégalais ont l’ambition légitime et le droit d’espérer que leur cadre de vie, c’est-à-dire leur environnement immédiat s’améliore progressivement, par la qualification de l’atmosphère qu’ils respirent, de l’eau qu’ils boivent, et avec laquelle ils se baignent, des infrastructures dans lesquelles ils évoluent, régulièrement, pour se déplacer, voyager, travailler et être productifs. Dans la sécurité et dans la solidarité. 

Dakar doit être modernisée, embellie, équipée comme une vraie capitale, celle de notre pays. 

Mais, Dakar, pour importante qu’elle soit, n’est pas tout le Sénégal. La capitale de notre pays mérite d’être aménagée, son cadre et sa morphologie infrastructurelle doivent être agréables à voir, pour contribuer, ainsi, à l’augmentation de l’espérance de vie des Sénégalais qui y vivent et de leur bien-être. Mais, les populations sénégalaises, dans les 11 régions de notre pays, ont aussi droit au même cadre de vie, au même bien-être, à la même sécurité et au même type d’épanouissement moral et matériel, même si cela doit se faire à des degrés relativement différents. 

Le développement est un tout, global, concerté, concret. 

Sous ce regard, nous sommes d’accord sur toute stratégie d’accélération de la croissance accélérée, à un climat favorable des investissements, serait-ce à la faveur de grands projets, à la condition et à la seule condition préalable que le peuple, par l’intermédiaire de ses représentants légitimes à l’Assemblée Nationale et dans les Assemblées élues, dans les Communes et dans les Communautés rurales, soient consultés sur ces projets, sur leur opportunité, sur leurs coûts et sur leur mode de financement, sur les ressources affectées à ces projets, et sur leur origine, sur les délais requis pour en assurer l’exécution correcte, et sur leur implantation équitable et juste, étape après étape, sur l’ensemble du territoire national. Rien de tout cela ne peut être fait si la stratégie de croissance accélérée ne se déroule pas dans une ambiance de transparence et de concertation de type républicain, c’est-à-dire par la mise en place d’un environnement des affaires qui réponde aux critères internationaux et à l’intérêt supérieur de toute la nation. 

La situation financière de la SENELEC 

Les Sénégalais savent que la SENELEC connaît d’indicibles difficultés. La hausse vertigineuse des prix du pétrole sur les marchés internationaux est l’une des causes de cette situation. Il en existe une autre, qui est objective, et qui réside dans l’inadéquation entre les prix du produit qui s’appelle électricité et le coût du binôme production et transport de l’énergie distribuée. Aujourd’hui, la SENELEC a besoin d’au moins 100 à 120 milliards de francs CFA, qu’elle ne peut tirer que de deux sources, à savoir l’Etat sénégalais ou les consommateurs. Les consommateurs, dans le contexte de grande pauvreté qui prévaut au Sénégal, doivent être compris et aidés. Il y a aussi la réalité de la vérité des prix. Alors, il faut rechercher un compromis, car dans le même temps, une cinquantaine de milliards de francs cfa représente la part de la compensation à la SENELEC, si la question tarifaire n’est pas réglée de manière humaine, progressive et planifiée. Aussi longtemps que dans le secteur de l’électricité des partenariats sérieux n’auront pas été trouvés, sur la place financière internationale et avec des groupes suffisamment outillés dans ce domaine, ce problème restera entier, malgré les promesses qui sont faites tous les jours de lui trouver une solution, solution qui reste encore virtuelle aujourd’hui et qui est purement spéculative. Dans le secteur de l’électricité, on parle souvent de Kounoune I et Kounoune II, sans expliquer au peuple les obstacles qui s’opposent – bien qu’ils puissent être levés - à La réalisation de ces deux unités de production. 

Le dossier de la SONACOS 

La SONACOS a été privatisée. Cette privatisation est effective depuis quelque temps. Les problèmes demeurent, depuis le paysan jusqu’à l’huilier. Or, le but visé dans la privatisation de la SONACOS était d’améliorer le sort des paysans producteurs d’arachide, d’assainir le secteur et d’accroître les recettes d’exportation du Sénégal dans le secteur de l’huilerie et dans les secteurs connexes. 

Si le but visé n’a pas été atteint, c’est qu’il y a problème.

Il faut rappeler qu’en décembre 2005, une loi avait été votée par l’Assemblée Nationale, à l’initiative du Gouvernement, accordant un niveau de protection sur les huiles végétales raffinées. Une fois que cette loi a été adoptée, les partenaires du Sénégal et les spécialistes ont souligné que cette loi était contraire aux accords que le Sénégal avait signés, le 15 avril 1995, à Marrakech, au Maroc, avec l’OMC et, plus tard, avec l’UEMOA. Les spécialistes avaient aussi signalé que l’application de cette loi, contraire aux Accords qui lient le Sénégal à l’OMC et à l’UEMOA, aurait inéluctablement, comme conséquence, d’augmenter les prix à la consommation, pénalisant ipso facto les ménages et les populations. Face à cette situation, le Gouvernement du Sénégal a fait réviser la loi, en la maintenant tout de même mais en ramenant la durée de la protection à 200 jours et en limitant son action sur les importations d’huile de palme. Un nouveau texte a même été approuvé en Conseil des Ministres, puis retiré. Cette série d’hésitations a eu pour conséquence le blocage de près de 200 millions de dollars US, jusqu’à ce que la nouvelle loi intervienne. Il y a lieu de rappeler que toute surtaxe pouvant pénaliser les consommateurs, aujourd’hui ou plus tard, sur la question de l’huile, aura comme conséquence un accroissement du niveau de pauvreté des populations sénégalaises. 

Ce tableau, qui traduit une persistance des difficultés dans la filière arachide et oléagineux, invite à un retour sérieux sur le dossier de la SONACOS. 

L’Aéroport de Ndiass 

La question de l’Aéroport de Ndiass, lorsqu’elle est évoquée, fait sourire beaucoup de Sénégalais. Cependant, il s’agit d’un dossier sérieux dans le principe qu’il porte et dans le projet qu’il induit même si la question du site ne semble pas, au plan pratique et technique, définitivement réglé. Une mise en action effective de la Commission de Lutte contre la Corruption et du Conseil des Infrastructures, si le Gouvernement sénégalais s’y attachait avec  détermination, pourrait donner une visibilité plus significative au projet de deuxième aéroport au Sénégal, ce projet répondant à une nécessité objective sans que, pour autant, soit retenue l’idée de fermer l’Aéroport de Dakar, pour en faire un centre commercial ou une zone de supermarchés, sans aucune étude technique préalable et en dehors de toute appréciation des impacts divers sur les populations et sur l’environnement. 

Dans tous les cas, tout risque de spéculation foncière sur l’emprise de l’aéroport Léopold Sédar Senghor doit être écarté, combattu avec vigueur. 

Et les Sénégalais peuvent et doivent s’opposer, avec tous les moyens légaux adéquats, à une vente de ces terres. 

L’on sait qu’une taxe de 30 euros est perçue sur les billets d’avion émis à Dakar, sur les compagnies aériennes, depuis avril 2005, suite à un décret du Chef de l’Etat pris à cet effet. Cette taxe était ou est encore destinée à financer le projet de nouvel aéroport. Le FMI et le Gouvernement sénégalais ont mis en place un système déterminant la procédure de recouvrement de cette taxe, auprès des compagnies aériennes, par l’IATA (Association Internationale des Transports Aériens). Après quoi, les montants recouvrés doivent être versés sur un compte-séquestre avec obligation d’en informer l’Assemblée Nationale et publication de ces montants sur un site internet. Aucune de ces mesures n’est aujourd’hui effective. 

Il est juste que les Sénégalais, par l’intermédiaire de leurs représentants, sachent quels sont les montants recueillis à la suite des versements effectués et comment sont présentement administrés ces montants.  

Et les modalités de financement du nouvel aéroport n’ont pas été portées à la connaissance des Sénégalais.  

La crise scolaire et le front social 

Le CUSEEMS réunit des syndicats d’enseignants. Sa revendication essentielle tend à obtenir que soient appliqués le principe d’égalité et celui d’objectivité dans la gestion et dans l’administration des fonctionnaires de l’Etat. A cet égard, le CUSEEMS a demandé un réajustement, à la hausse, pour les enseignants des cours moyens et secondaires, entre autres doléances, de l’indemnité de logement, qui a été sensiblement augmentée en faveur d’autres catégories de fonctionnaires ayant suivi un cursus, après le BAC, de deux, trois ou quatre années. Des références précises et des exemples concrets ont été donnés à l’Administration sénégalaise, à l’appui de cette revendication.  

Résoudre ce problème relève de la plus grande simplicité. D’autant que la perte d’une année scolaire est toujours irréparable. Déjà, les péripéties et autres incertitudes qui ont marqué, à la fin de l’année scolaire, la correction des épreuves du Baccalauréat 2006, créent déjà aux titulaires de ce premier diplôme de l’Enseignement supérieur des obstacles dans les procédures d’inscription, en leur faveur, dans certains pays étrangers. Une telle situation ne doit pas perdurer. Elle ne doit point survenir de nouveau dans l’espace éducatif sénégalais.  

Il semble que, depuis quelques jours, les négociations aient pu avancer vers une solution de compromis. Il est juste de souhaiter qu’un règlement définitif de ce dossier intervienne, sans tarder. Il y va de l’avenir de la jeunesse sénégalaise et de la tranquillité des familles et des ménages.  

Ce dossier appelle, aussi, celui de l’échauffement du front social. Des négociations sérieuses doivent être engagées avec les syndicats, et le patronat, par les autorités publiques, pour éviter un enlisement qui ne sera, en définitive, que générateur de préjudices au détriment de la communauté nationale. 

Mes chers Camarades, 

Je remercie les jeunes de l’AFP de m’avoir permis de saisir l’occasion de ce Séminaire pour vous inviter tous à une réflexion commune sur la situation de notre pays, dans les secteurs si gravement menacés de l’agriculture, de l’énergie et de l’industrie, secteurs dispensateur de ressources pour le développement du Sénégal. 

Je vous ai livré une vision, pour indiquer une voie, montrer le chemin, parce que nous devons refuser la fatalité. 

Avec sérénité et réalisme. 

Parce que, précisément, entre l’approbation louangeuse, dont la télévision nationale, abreuve les familles, et l’hostilité systématique, qui énerve l’action et la rend inefficace, il existe une voie que commandent l’intérêt national et le devoir, le souci de vérité. 

Pour sortir le Sénégal de l’enlisement et des incertitudes. 

Nous le pouvons si nous le voulons.  

Et nous devons le vouloir, pour le salut de notre pays. 

Je vous remercie de votre attention. 

 

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