JOURNEES D'ANALYSE ET DE PROSPECTIVE SUR LE SENEGAL
QUEL SERVICE PUBLIC POUR LE SENEGAL A L'HORIZON 2015?

 

Ngor Diarama, Dakar, 19 et 20 janvier 2008

 

Allocution d'ouverture de M. Moustapha Niasse


Ancien Premier Ministre du Sénégal


Secrétaire Général du Parti


  

Chers Invités,

Mes Chers Camarades,

L’Alliance Nationale des Cadres pour le Progrès a pris l’initiative, approuvée par le Bureau politique de l’AFP, d’organiser un débat sur la gouvernance des Etats africains, en ce début du 21ème siècle, ici, à Dakar, sur la pointe la plus avancée du continent vers l’immensité des océans.

Depuis plus de quatre décennies, l’Afrique et les Etats qui la composent se sont engagés dans la voie de l’exercice de la souveraineté nationale, dans la plénitude des prérogatives et des pouvoirs que donne la liberté de choisir, devant une multiplicité d’options possibles, le sens et le contenu des responsabilités qu’assume un peuple lorsque vient le temps de définir une identité, de tracer un chemin, d’élaborer une démarche et de lui conférer un contenu, pour s’inscrire, les yeux ouverts et la conscience en éveil, dans la trajectoire de l’histoire.

Aujourd’hui, 53 pays d’Afrique siègent à l’Assemblée Générale de l’Organisation des Nations Unies avec, pour chacun, les mêmes droits et les mêmes devoirs que les nations qui se sont constituées en Etats souverains depuis plusieurs siècles. Du Nord au Sud du continent, hormis l’Afrique du Sud qui vit des réalités qui lui sont spécifiques, la presque totalité des Etats du continent rencontrent des difficultés de toutes sortes, dans leur évolution quotidienne comme dans l’accomplissement des phases successives de leur progression vers l’assumation d’un destin au milieu duquel la vie des populations, la conquête, la protection et le maintien de leur bien-être, leur santé, leur éducation, leur sécurité se trouvent porteurs d’interrogations multiples et de questionnements sans réponse.

Au surplus, ces 53 Etats appartiennent, les uns ou les autres, ou les uns et les autres, à des organisations sous-régionales, régionales et au-delà, dont la vocation et les objectifs visés, dans la tourmente des nations en conflit ou en coopération pour sauver les acquis de l’humanité, se traduisent, par étapes successives, par de nouvelles interrogations et de nouveaux questionnements, et cela, malgré quelques succès relatifs, dans des secteurs déterminés.

Dans le même temps, des nations dites industrialisées, qui se sont organisées depuis la fin de la deuxième guerre mondiale pour créer et entretenir en leur propre faveur le culte de la solidarité et la mystique de l’effort productif, assurent leur propre progression. Elles se sont constituées en ensembles organiques, reposant sur des Institutions patiemment et méthodiquement pensées, installées et mises en œuvre dans le but de poursuivre leur développement au même rythme et avec les mêmes résultats, les effets cumulés d’une telle démarche consensuelle les ayant conduites, à un niveau de puissance ou elles détiennent le pouvoir de décider non seulement pour elles-mêmes mais aussi et bien souvent pour les autres.

La coopération Nord-Sud est survenue, dans un tel contexte. Faut-il se limiter à en faire le constat ? Faut-il avoir le courage et la lucidité de raviver une volonté à partager entre pays du Sud de sortir de cette logique de la dépendance résignée ou, plutôt, faisant preuve de réalisme et de volontarisme en mouvement, partir de l’analyse de la situation objective qui prévaut actuellement dans le monde pour réclamer, obtenir et mettre en avant notre droit naturel de prendre en charge notre destin commun, avec suffisamment d’intelligence et de sens des responsabilités pour éviter de fermer les yeux sur les droits des autres, nations partenaires, pour aller, ensemble, vers des mécanismes et des systèmes institutionnels qui protègent l’ensemble de nos droits respectifs et favoriser, en même temps, les capacités d’épanouissement des uns et des autres dans un mouvement apaisé d’échanges, d’entente, de coopération, pour sauver l’humanité de l’injustice, de la violence, de l’égoïsme destructeur, pour aujourd’hui et pour demain ?

C’est sous l’éclairage de ces réalités, tout à la fois incontournables et intangibles, que les élites africaines doivent s’engager, résolument, dans une réflexion commune, saine, sereine et créatrice d’idées nouvelles et d’initiatives, pour tenter, avec assurance et avec espoir, de sortir nos pays de l’enlisement dans lequel ils se trouvent profondément plantés.

Il s’agit, ni plus ni moins, au début de ce 21ème siècle, que les Africains se retrouvent, en divers endroits du continent, se prennent la main et s’élèvent vers des ambitions qui sont à la portée de leur histoire commune et des exigences de leur développement. Sans haine vis-à-vis de l’autre, sans imprécations et sans récriminations. En mettant en œuvre, avec leur intelligence propre, les progrès de la science et des techniques, en coopération loyale et directe avec les pays industrialisés, étant entendu que si  le monde ne connaît qu’un développement hémisphérique situé au Nord, des phénomènes comme le terrorisme, les grandes pandémies, les déviations d’ordre moral qui encouragent le grand banditisme transfrontalier et qui menace la sécurité de l’ensemble des communautés humaines ne seront jamais éradiqués.

L’Alliance Nationale des Cadres pour le Progrès, avec l’accord de la Direction de l’AFP, a voulu situer ces Journées d’Etudes des 19 et 20 janvier 2008 dans le contexte global d’un monde qui semble s’orienter vers des déséquilibres dévastateurs si des mesures appropriées ne sont pas prises, à temps, par la communauté internationale. Les thèmes choisis et les espaces de réflexion proposés trouvent leur justification dans ces paramètres, au terme d’une analyse de fond dans la conduite de laquelle, parmi d’autres pays africains, le Sénégal occupera une place frontale ainsi que d’autres pays de l’Afrique de l’Ouest, principalement.

La problématique première qui se pose à nous réside dans cette question posée avec pertinence par M. Alain Bindjouli Bindjouli, Camerounais de nationalité, Docteur en génie des procédés de l’Université Claude Bernard de Lyon, diplômé de l’Institut français du pétrole, à savoir  (je cite de mémoire) : « pourquoi ce qui a été possible en Asie ne le serait-il pas en Afrique ? Pourquoi, malgré la prise de conscience de nombreux intellectuels, tant en Occident qu’en Afrique et malgré les conséquences des politiques mises en œuvre depuis des décennies, pour le développement de l’Afrique, les mêmes options semblent encore être encouragées et appliquées ? Pourquoi, si les paramètres des perturbations économiques constatées ne sont pas encore tous sous contrôle, les gouvernements africains maintiennent-ils encore des choix de politiques économiques qui restent un ensemble d’obstacles que pourtant les compétences nationales sont en mesure de prendre en charge et de résoudre ? Si les gouvernements en place continuent de pratiquer des antivaleurs de malgouvernance, de gaspillages des ressources des pays dans des dépenses inconsidérées et dans des programmes de détournements d’objectifs dont les résultats se situent loin de ce qu’ils devaient être, comment les priorités nationales pourraient-elles justifier certains abandons de souveraineté que l’on observe et qui sont concédés dans des accords qui ont montré leurs limites parce qu’ayant pas réussi, pendant des décennies d’application, à permettre à l’Afrique de décoller vers le développement, dans les cinq régions qui la composent ? ».

Tony Blair, lorsqu’il était Premier Ministre de Grande-Bretagne a souligné que : « la dette historique et impayable du passé ne permettra pas aux Africains de doter d’infrastructures adéquates et solides les pays africains, d’assurer leur éducation, de soigner leurs populations, de les loger, en bref, de développer ». M. Blair a ajouté « il y a là une injustice que les pays riches doivent s’attacher à réparer. Son Ministre des Finances, devenu son propre successeur depuis quelques mois, à Londres, s’était engagé dans la même voie.

Que pouvons-nous faire, nous Africains, qui sommes concernés au premier chef et de manière frontale devant   une telle problématique. Si nous acceptons de considérer que les Africains détiennent la solution de leurs problèmes, il leur appartient d’élaborer un projet politique, institutionnel, économique et social viable, pour avancer dans le chemin du développement progressif, sans jamais oublier que les résultats que nous obtiendrons proviendront de nos propres efforts. Nous devrons alors investir dans l’innovation et dans la maîtrise des techniques et technologies indispensables pour développer un secteur industriel local, en soulignant la nécessité de porter un regard prioritaire sur l’agriculture, l’élevage et la pêche. Le tout avec des investissements conséquents au profit d’une croissance économique maîtrisée à larges effets induits allant jusque dans les zones les plus éloignées, dans chaque espace territorial national.

Pour le financement de tels programmes, les emprunts qui seraient faits, venant en appoint de financements d’origine interne à partir de nos propres capacités, des taux acceptables parce que bas et bien négociés auprès des partenaires extérieurs, seraient consacrés et investis en priorité dans les secteurs productifs ou ils généreront, en toute logique, des effets réels, palpables et utiles.

Evidemment, pour atteindre de telles performances, le concept de bonne gouvernance devra être revu, à la lumière des expériences vécues dans plusieurs pays africains comme des calvaires lancinants. Ce qui suppose la fin de la divinisation de dirigeants Chefs d’Etat qui se revêtent du manteau de Jupiter, et qui, du haut de l’Olympe, se croient tout permis, infaillibles, indéracinables, quasi-immortels, lorsqu’ils ont fini de bâtir une architecture institutionnelle aussi illégitime qu’inefficace, adulés qu’ils sont, chaque jour, par des aèdes et des ménestrels qui leur distillent des chants mélodieux et des poèmes lénifiants à la gloire de réalisations supposées mais sans contenu.

De même, les élites africaines, qui détiennent des projets de société et disposent de suffisamment de recul et d’éléments de comparaison, d’expérience et de savoir-faire, à partir d’une formation solide et d’une pratique maîtrisée dans la gestion de la chose publique, doivent être habitées du souci de ne point s’arrêter à des critiques stériles et sans lendemain. Passent par là, nécessairement, les passerelles du patriotisme et de la prise de conscience des responsabilités historiques qui incombent à ces élites, malgré les attitudes dans lesquelles s’arc-boutent les tenants du pouvoir, lorsqu’ils perdent toute capacité d’apprécier, avec raison, les limites qui sont les leurs lorsqu’ils atteignent, depuis longtemps, leur propre seuil d’incompétence.

L’Afrique est en mesure, si elle s’organise, d’assurer la croissance des économies des Etats qui la composent, dans le but de conquérir de nouveaux marchés pour inverser, progressivement, la situation déficitaire de nos balances commerciales et de nos balances des paiements.

Dans l’exploitation et la transformation des matières premières du continent, l’objectif de produire des biens à haute valeur ajoutée peut permettre de donner vie à une forme africaine maîtrisée d’exportation de technologies et de machines jusqu’à présent inexistantes dans nos offres au profit des populations, des travailleurs, des industriels et des sociétés privées, qui seront ainsi à la base d’un développement concerté qui exclue, naturellement, les tâtonnements, les approximations, les échecs répétés, la gabegie, la corruption et le détournement du bien public.  Le culte de l’intérêt national et sa prééminence sur les réflexes claniques et de régime permettront d’améliorer les indicateurs économiques et sociaux. L’Afrique doit reconquérir la crédibilité dont elle bénéficiait, il y aura bientôt un demi siècle, au moment des indépendances, sur la base des ressources naturelles qu’elle recèle et qui, malheureusement, décennie après décennie, disparaissent pour assurer le développement d’autres continents et d’autres pays.

Alors, et alors seulement, l’Afrique sera en mesure de susciter un nouveau Plan Marshall, dans des formes à déterminer, comme le premier Plan Marshall avait été élaboré et mis en œuvre, au lendemain de la Deuxième Guerre Mondiale, pour assurer le démarrage des économies européennes largement détruites par cette conflagration mondiale. A l’époque, nous étions en 1949, les Etats-Unis d’Amérique n’avaient posé à ces pays européens aucune condition. Et même le retrait de la France de l’OTAN, décidé par le Général De Gaulle n’avait en rien modifié les mécanismes du Plan Marshall.

La situation de l’Afrique, aujourd’hui, est quasi comparable à celle de l’Europe en 1948. Il faut donc que préalablement à un Plan Marshall bis les Africains sachent quelles sont leurs ambitions et qu’ils élaborent une logique de cohérence, de réalisme et d’efficacité, en accord avec les aspirations fondamentales des populations concernées. Dans une telle vision, la priorité des priorités doit être l’homme. Sans l’homme, aucun projet ni aucun programme n’ont de sens.

Depuis des millénaires, l’homme a été et est toujours resté la première richesse des nations. L’homme est au centre des problèmes et des priorités qui se posent à l’humanité. Satisfaire les besoins des hommes est dès lors la seule finalité qui vaille. Au Sénégal, nous avons de grands espaces qui ne demandent qu’à être mis en valeur. Ce qui n’est possible que dans le cadre d’une politique claire, juste et résolue d’aménagement du territoire qui mette en avant des mécanismes de production et des capacités d’initiative que l’on retrouve chez les jeunes et chez les femmes de notre pays, s’il leur est fait confiance et si les moyens conséquents sont mis à leur disposition. Il s’agira, alors, d’une véritable révolution agricole et industrielle, artisanale, rurale et urbaine, planifiée avec méthode et mise en œuvre avec honnêteté et transparence.

Utiliser le ratio important de populations jeunes, dans leur majorité, est devenu, dans le temps présent et partout dans le monde, une question de survie au-delà même des paramètres de comptabilité économique, dont les gouvernements corrompus font leur cheval de bataille, préférant construire des schémas de chiffres sans contenu qu’ils distribuent par des médias domestiqués, au lieu de faire du développement au profit des consommateurs et des citoyens. Par la production, nous pouvons au Sénégal atteindre le double objectif du développement d’un marché intérieur producteur de croissance et de bien-être et d’une production de biens de qualité, à des coûts non prohibitifs, pour accroître nos capacités d’exportation vers nos partenaires extérieurs.

 

Le choix des hommes et les critères de sélection des citoyens qui seront investis de fonctions de responsabilités dans les différents domaines est aussi un problème d’une particulière importance. Le Président Kennedy avait bien eu raison de dire que : « l’art de la réussite consiste à s’entourer des meilleurs ».

L’Afrique doit se ressaisir.  Les pays qui le composent doivent relever le défi de l’histoire. Ensemble, la main dans la main, les nations africaines ont l’obligation de retrouver leur identité, leur identité véritable de communautés humaines orientées vers l’avenir.

Le génie africain nous y prédispose, dans la diversité de ses richesses internes et dans les capacités de sublimation de l’effort, pour semer dans le champ de l’avenir et préparer les récoltes de demain.

Au rendez-vous du donner et du recevoir, si cher à Aimé Césaire et à Léopold Sédar Senghor, l’Afrique, nous le savons, avec ses cultures et ses civilisations, ne se présentera pas les mains vides.

Dans un ouvrage consacré à la nouvelle destinée de l’Afrique, Armand Tenesso, un autre Camerounais, Avocat au Barreau de Strasbourg, a souligné que l’état des lieux, sur le continent, n’incite pas à l’optimisme et que pour opérer un changement radical l’issue unique se trouve dans le choix des politiques menées et dans le choix des gouvernants. Il s’agit d’une question de fond, d’éthique, de responsabilité, d’options et de philosophie politique.

La question centrale est, encore une fois, pourquoi ce qui a été possible en Asie, pour tirer du sous-développement un pays comme la Corée du Sud, entre 1965 et 1980, ne le serait-il pas en Afrique et pour l’Afrique ? Pourquoi les politiques et les programmes qui ont été entrepris par le Japon et par les Japonais, au sortir de la Deuxième Guerre Mondiale et qui ont fait de ce pays, présentement, une puissance économique et un leader dans le domaine des technologies modernes, ne serait-il pas possible pour l’Afrique, en Afrique et par les Africains.

Le mal développement n’est pas une fatalité.

Dans son ouvrage la nouvelle destinée de l’Afrique, et dans l’introduction qu’il a intitulée « sinistroses et perspectives », M. Armand Tenesso, que je citerai longuement tant son analyse est pertinente, souligne : « l’Afrique présente depuis longtemps, au regard de l’étranger, un visage pathétique, quasi incompréhensible. Elle cristallise tous les records négatifs et incarne les symboles des crises sociales, politiques et économiques. Selon le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), l’Afrique doit attendre l’an 2147 pour espérer se développer, reculant ainsi de 122 années les «Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) », qui prévoyaient, lors d’un Sommet extraordinaire tenu en 2000, l’éducation pour tous, le recul du Sida et d’autres maladies, pour 2015. D’ailleurs, la démocratisation amorcée autour des années 90 est révélatrice des égoïsmes du tribalisme et des faiblesses structurelles masquées jusqu’alors par le parti unique et l’absence d’alternance politique en Afrique ».

Il est loisible, à cet égard, de citer l’exemple du Sénégal et de la monopolisation par les pouvoirs publics en place de tout processus électoral, de la gestion des élections, de la comptabilisation des votes, de la proclamation des résultats et du caractère particulièrement ésotérique et secret des statistiques électorales. Transparence, objectivité, contrôle contradictoire, morale publique, alternance démocratique, où êtes-vous donc ?

M. Tenesso poursuit : « peut-être conviendrait-il de rappeler que l’Afrique dispose de nombreuses ressources, qui ont nourri bien d’espoirs lors de l’accès à l’indépendance. Par rapport aux quantités de cacao, de café, de palmistes, de bananes et de bois produites et enregistrées dans le circuit du commerce mondial, l’Afrique en produit respectivement  70 %,  30 %,  50 %, 40 % et 30 %. Dans le même ordre d’idées, les réserves du continent sont estimées, toujours par rapport à celles du marché mondial, à 25 % pour l’uranium, 13 %  pour le pétrole, 64 % pour l’or, 60 % pour le diamant, 40 % pour le manganèse, 97 % pour le chrome, 85 % pour le platine, 80  % pour la bauxite, 65 % pour le cobalt.

Or, en dépit de tous ces atouts et potentialités appréciables, l’Afrique demeure la zone de la planète la plus pauvre et en voie de s’appauvrir encore plus.

M. Tenesso ajoute alors que les projections de nombreux Experts permettent d’envisager une croissance positive pour tous les autres continents du monde, le revenu par habitant en Afrique est aujourd’hui descendu en dessous de celui des années 70. Certains pays subsahariens ont vu leur produit intérieur par habitant retomber à celui des années 1960. La sécheresse, les guerres et la mauvaise gestion ont fait chuter l’autosuffisance alimentaire de 50 % à 30 % en Afrique du Nord et de 80 % à 51 % en Afrique subsaharienne. Le déficit céréalier, qui était de l’ordre de 25.000 tonnes en 1978 avoisine aujourd’hui les 100 millions de tonnes ».

Le Monde Diplomatique, dans son édition de Juillet 2001, révèle à la page 86 que la dette totale du Tiers Monde qui atteignait environ 195 Milliards en 1997 est passée à 300 Milliards de dollars en l’an 2000, en raison des taux d’intérêts très élevés et de la mauvaise utilisation qui est faite des emprunts souscrits, plus particulièrement sur le continent africain.

Il est vrai que l’exemple tunisien – un pays frère que j’ai la fierté, dans le domaine du développement économique et de la promotion sociale, de citer comme exemple -, et celui de l’Ile Maurice, permettent un certain optimisme.

Voilà deux pays africains qui, il y a une trentaine d’années, avaient un niveau de croissance égal à celui du Sénégal et de beaucoup d’autres pays en Afrique subsaharienne.

Il suffit de se rendre, présentement, en Tunisie et en Ile Maurice pour constater, de visu et in situ, les progrès qui ont été accomplis dans des secteurs clés du développement comme les infrastructures routières, portuaires, ferroviaires et aéroportuaires, y compris le règlement de la question de la mobilité urbaine grâce à des réseaux de tramways qui circulent en parfaite harmonie avec les véhicules automobiles et, aussi, par la construction d’échangeurs qui allient à la fois la solidité technique et l’aspect esthétique. Le développement, qui est constaté dans ces deux pays ne s’arrête pas à la capitale. Des réseaux routiers à plusieurs voies et qui n’ont rien à envier à ceux d’Europe ou d’Amérique du Nord, relient l’ensemble des régions à la capitale. Au surplus, des industries sont distribuées et implantées dans les régions de l’intérieur, dans le but de créer des emplois pour les jeunes en les retenant dans leur terroir d’origine et de dispenser également une formation technique et professionnelle si nécessaire au développement d’un pays. De ce fait, une telle option pour un développement moderne, démocratisé et concerté au profit de tous, ouvre la voie à l’accroissement et à la diversification des capacités d’exportation de produits et de biens en direction de l’étranger. Le résultat est l’accroissement conséquent du volume des recettes d’exportation, lesquelles sont réinvesties pour relancer de nouvelles zones de développement, avec des effets induits indéniables et concrets.

Pourquoi le Sénégal ne serait-il pas capable, à son tour, d’impulser une dynamique de promotion économique et sociale de ce type ? Evidemment, tout dépend principalement du niveau de prise de conscience, par les dirigeants politiques, des urgences qui interpellent tout gouvernement, face aux besoins les plus urgents des populations.

En outre, et il faut le rappeler, le binôme démocratie – développement est indissociable, l’une et l’autre composantes s’intégrant et se prolongeant l’une l’autre, dans une logique de compétence, de savoir et de savoir faire, de sens des responsabilités et de courage politique. Je n’ai aucun doute sur l’importance que nos Journées d’Etudes accorderont à ces impératifs catégoriques, sur l’axe respect des Institutions, priorités à la formation et à l’éducation, bonne gouvernance et gestion transparente du bien public, distribution équitable des ressources de la nation en direction des populations rurales et urbaines, soutien multiforme en faveur de la jeunesse, protection de la femme et de l’enfant, traitement approprié des personnes du 3ème âge et des retraités, consolidation et préservation des valeurs morales en l’absence desquelles toute communauté humaine perd son âme et ses références.

Toutes exigences qui nous ramènent au thème central de ces Journées d’Etudes, à savoir le concept de qualité et la volonté de réussir au profit de tous, pour un Sénégal émergent et pour une Afrique qui se prépare, de par le génie de ses populations, à relever tous les défis de l’histoire.

 

  

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