Session de formation des membres du Bureau national et des Femmes élues locales de l'AFP

 

 

Dakar, le 1er août 2009

 

Allocution d'ouverture de M. Moustapha Niasse, Secrétaire Général de l'AFP

 


Madame la Présidente,

Mes chères Camarades,

Je voudrais, tout d’abord, vous remercier d’avoir eu l’amabilité de placer sous ma présidence la Session de formation des membres de votre Bureau national et des Femmes membres de l’AFP qui ont été élues, le 22 mars 2009, dans les Collectivités décentralisées que sont les communautés et communes rurales, les communes urbaines et les conseils régionaux.

En décidant d’organiser la rencontre de ce matin, la Présidente, Madame Mata Sy Diallo et la Direction du Mouvement National des Femmes de l’Espoir et du Progrès ont voulu, dans le contexte qui prévaut actuellement dans notre pays, prendre une part active à la réflexion et aux analyses que les Sénégalais ont entreprises parce que, notre pays, plus que jamais, se trouve à la croisée des chemins.

En cela, le parti, son Bureau politique et son Secrétaire Général sont heureux de vous adresser de chaleureuses félicitations et des encouragements renouvelés, car le combat dans lequel vous vous êtes engagées, avec lucidité et avec résolution, apporte une contribution significative à l’effort commun qui doit permettre de relever les défis, dans la sérénité et avec une volonté inébranlable d’occuper l’espace des cimes.  

Vous le savez, mes chères sœurs, se multiplient, aujourd’hui, dans tous les foyers, les familles, les ménages, partout au Sénégal, les incertitudes et les interrogations sur le présent comme sur l’avenir, les privations, les frustrations, les souffrances et, parfois, une forte dose de découragement devant l’inconnu. Quant aux tenants du pouvoir, arc-boutés dans de fausses et vaines convictions, ils se livrent à des provocations sans fin, narguant le peuple, enlisés dans des contradictions multiples et accrochés inéluctablement à des incohérences dont l’intensité et la gravité le disputent à l’irresponsabilité et à l’incivisme invétéré.

Les problèmes de notre pays appellent des solutions de très grande urgence. Aucun de ces problèmes n’est insoluble, en effet. La destruction progressive des Institutions de l’Etat, l’anéantissement, par étapes, du tissu économique et des conquêtes sociales réalisées par les populations, pendant plusieurs décennies, l’anesthésie du système éducatif sénégalais, à tous les niveaux d’enseignement, la décrédibilisation du pays dans ses relations avec les partenaires au développement, en raison de la profondeur du phénomène de la corruption qui parasite la quasi-totalité des secteurs, tout cela semble avoir tétanisé les valeurs cardinales qui ont toujours fait la force de notre pays, à savoir, l’intelligence de ses habitants, la compétence de ses élites, le savoir faire de ses cadres, la volonté de nourrir et d’assumer des ambitions patriotiques dans les espaces privilégiés de la citoyenneté républicaine et de la production de bien-être, de paix et de sécurité pour chacun. Ces valeurs, aujourd’hui, largement entamées par les effets d’une mal gouvernance entêtée, n’attendent, dans la permanence de leurs réalités objectives, que l’avènement nouveau de conditions propices à leur ré-épanouissement, pour permettre au Sénégal de rebondir de plus belle et de retrouver le lustre et la qualité de l’image qui était la sienne en Afrique et dans le monde.

Dans une perspective comme celle-là et sous l’éclairage des exigences que celle-ci induit, les élus locaux, hommes et femmes de tous âges, ont une capacité et une responsabilité sans limite, parce qu’il s’agit précisément de reconstruire et de réhabiliter, au profit des seules populations, un pays, le nôtre, qui est sur le point de toucher le fond.

Le spectacle qui se déroule sous nos yeux, et qui est le fait de tenants du pouvoir en mal d’imagination, pressés, cupides, incompétents et manquant totalement de générosité, est simplement désolant.

Le monde rural est une des grandes victimes de cette mal gouvernance chronique. Cependant, les patriotes sénégalais sont convaincus que l’agriculture sénégalaise, aujourd’hui à genoux, peut voir ses difficultés se résorber sur une période maximale de 36 mois, si les conditions de la production de produits alimentaires ou à destination industrielle sont assurées, en matière de semences de qualité, de disponibilités d’engrais convenant aux impératifs végétatifs de chaque variété, avec un soutien direct et approprié en faveur des paysans, sous des formes et selon des procédures qui devront être élaborées et discutées, en toute franchise, avec les producteurs agricoles eux-mêmes.

Par ailleurs, il n’est pas possible de développer l’agriculture d’un pays si les producteurs agricoles, les paysans, ne disposent pas, sur les terres qu’ils exploitent, d’une maîtrise et de droits garantis qui les protègent contre les abus des pouvoirs publics, contre le laxisme de certains fonctionnaires et contre la cupidité des décideurs politiques, au sommet. Sous ce regard, cette Session devra, à mon avis, porter une réflexion constructive sur la question foncière dans les zones des terres agricoles, dans les 14 régions que compte aujourd’hui le Sénégal.

Pour le secteur de la pêche et pour celui de l’élevage, les mêmes idées et la même volonté doivent prévaloir, en vue d’atteindre les mêmes objectifs, dans la transparence et avec le sérieux qui rejette, évidemment, tout acte de corruption, toute promesse vaine et démagogique, en un mot, toute politique fumeuse et mensongère uniquement destinée à faire gagner du temps à des décideurs qui se livrent à des danses de scalp, au détriment du peuple souverain et pour durer le plus longtemps dans des positions de sinécure.

Les élus locaux, si les décideurs publics au sommet ainsi que leurs représentants dans les régions, les villes, les départements, les communautés rurales, acceptent la philosophie de la vérité et la mystique de production, en y mettant les moyens et les ressources humaines nécessaires, peuvent prendre en charge la révolution du développement local, dans les campagnes comme dans les villes et cela dans les délais les plus courts. Autrement dit, si les élus locaux se voient reconnaître les droits et les prérogatives qui sont les leurs, sans aucune forme de politisation venant du sommet de l’Etat dans la répartition des équipements du développement et dans l’allocation des ressources récurrentes, cette révolution est possible, réalisable, se déroulant dans la paix, dans la concorde, l’effort commun et dans le plein respect du bien public au profit de tous.

Mais, l’école sénégalaise qui devrait être un espace favorable au culte du civisme, est au fond du gouffre. Aucune politique de développement ne peut aboutir aux résultats escomptés si elle ne se fonde, au départ, sur une perspective volontaire de former les citoyens de demain, en leur inculquant, tout au long de leur cycle scolaire et universitaire, les vertus de civisme, d’engagement patriotique, de respect des canaux de la morale publique et du sens de la solidarité nationale. C’est la raison fondamentale pour laquelle l’enseignement préscolaire et l’éducation au niveau élémentaire, dans les villages et dans les villes, doit faire l’objet d’une attention constante et d’un intérêt soutenu de la part des élus locaux. Plus particulièrement, les femmes, élues locales dans ces Collectivités décentralisées, ont une mission primordiale parce qu’elles sont mères de famille et, de ce fait, essentiellement les gardiennes de la morale familiale et de l’éducation du Sénégalais d’aujourd’hui et de demain.

 

Je sais que les termes de références de cette Session de formation que vous organisez en faveur des membres de votre Bureau national et des Femmes élues locales ont été élaborés avec soin et qu’ils intègrent de multiples données embrassant de nombreuses questions prioritaires concernant la compréhension et l’application des lois portant sur la décentralisation, sur les compétences transférées, sur l’étendue et les limites des pouvoirs d’accompagnement et de contrôle dévolus aux autorités locales comme les Gouverneurs, les Préfets et sous-Préfets. Il vous appartient d’approfondir un effort commun  de recherches de solutions originales et efficaces tirées des expériences vécues par certaines d’entre vous, qui ont déjà assumé des fonctions effectives à la tête de ces instances décentralisées, durant les années passées.

Les tenants du pouvoir ne cessent, tous les jours, d’inviter les acteurs politiques à un festival de querelles réciproques et à des sagas de stériles polémiques sur des sujets de grande vanité humaine, dans le but unique de tenir le peuple en haleine et de lui faire perdre du temps.

A l’AFP, nous avons l’habitude de nous consacrer, dans notre réflexion et dans nos actions, à des objectifs qui visent l’intérêt national, l’avenir de notre jeunesse, la protection de la femme sénégalaise, la défense des libertés publiques, pour chaque individu et pour les collectivités, le sens de l’honnêteté et la volonté de réussir à relever les défis qui interpellent, sans cesse, notre pays. Nous refusons de perdre du temps dans des polémiques inutiles, parce que les urgences nous appellent ailleurs. Je ne peux cependant manquer de rappeler et de souligner que le programme du Front pour l’Alternance (FAL), sur la base duquel l’on peut dire, sans aucun risque de se tromper, le peuple a confié le pouvoir à une nouvelle équipe en 2000, visait fondamentalement des changements effectifs et profonds sur le mode de gouvernance qui prévalait alors. Ensemble, nous avions pris, dès le lendemain de la victoire du 19 mars 2000, la résolution de respecter les engagements pris, les uns après les autres, avec rigueur, transparence, sérieux et efficacité. Si, aujourd’hui, Me Abdoulaye Wade et son régime en sont arrivés, devant le bilan désastreux qui est le leur, à se référer encore, dans l’incohérence totale, à une situation que nous avons déplorée et combattue il y a dix ans, il faut qu’ils reconnaissent que leur échec est patent. En matière de bilan économique et social, il n’est guère difficile de reconnaître et de distinguer l’échec et les performances. Aucune diversion ne saurait occulter l’impasse dans laquelle le régime actuel a placé notre pays et ses populations.

La réalité est là qui est incontestable. Elle est vécue par chaque Sénégalais.   En raison de l’irresponsabilité de la politique néfaste qui est mise en œuvre par les tenants du pouvoir, par leur manque de vision sur l’avenir et d’ambitions pour promouvoir, dans les délais les plus raisonnables, l’entrée de notre pays dans la société du savoir. Il en est de même quand il s’agit du domaine de la santé et de celui de la protection de l’environnement naturel. L’incompétence et le manque de rigueur, lorsqu’ils déroulent leurs manifestations sur dix années, constituent des tares incurables. Dès lors, la seule voie qui permette au Sénégal de se reconstruire et de se réhabiliter c’est le départ du régime de Me Abdoulaye Wade.

Je ne saurais terminer cette allocution sans évoquer une question qui me paraît essentielle, dans le contexte actuel : c’est le dialogue politique proposé par Me Abdoulaye Wade.

Dialoguer signifie « une discussion entre deux ou plusieurs parties, en vue de trouver un terrain d’entente ».

Un dialogue politique ne peut, en aucun cas, être limité à des questions politiques, lorsqu’un pays, comme le Sénégal, se trouve confronté à une situation de complexité et de gravité qui déstabilise le fonctionnement des Institutions, désorganise les équilibres économiques et sociaux, met en cause les acquis réalisés par le peuple pendant plusieurs décennies et assombrit l’horizon des perspectives de développement devant répondre aux attentes légitimes des citoyens.

Le dialogue auquel appelle Me Abdoulaye Wade devra, inévitablement, s’il doit avoir lieu, concerner l’ensemble des domaines requis, avec sérénité, par les urgences du moment.

L’Alliance des Forces de Progrès a raison de dire et de souligner qu’un regard sur la gouvernance conduite par Me Abdoulaye Wade et son régime depuis 2000, permet de douter du sérieux et de la sincérité de l’appel lancé. Dans notre culture, la main tendue doit être acceptée. Au-delà des principes, la vigilance est requise pour défendre l’intérêt public.

Un dialogue comme celui qui va ou peut avoir lieu lorsque la raison sera revenue dans l’esprit de ceux qui seront en face de nous, devra être organisé, comme cela se fait partout, sur la base d’un Règlement intérieur dont les dispositions pratiques auront fait l’objet de discussions préalables entre les parties prenantes. Un tel Règlement intérieur ne pourra être conçu que s’il est mis fin, préalablement, aux provocations, aux atermoiements, aux querelles de clocher, aux manœuvres de diversion et à tous les subterfuges que nous servent, depuis plusieurs semaines, des autorités publiques parlant au nom de Me Abdoulaye Wade ou des porte paroles de ce dernier.

Les tenants du pouvoir  tentent, désespérément, de créer une passerelle – en guise d’échappatoire – entre leur vision du dialogue proposé par Me Abdoulaye Wade et les conclusions des Assises Nationales. Ils tentent, ainsi, de jeter un voile sur les Assises Nationales auxquelles, délibérément, ils ont refusé de participer, après avoir utilisé menaces, intimidations et chantage, en dehors de tout respect des principes républicains et des règles de la morale publique.

L’on peut comprendre, sans l’accepter cependant, que la seule évocation des conclusions des Assises Nationales provoque chez ceux-là frilosité, peur, réactions épidermiques et autres formes d’irritations. Mais les conclusions des Assises Nationales relèvent, désormais et définitivement, de l’espace du patrimoine inviolable et imprescriptible des Sénégalais, dont la majorité s’est mobilisée, pendant douze mois, dans l’ensemble des régions et des départements, pour exprimer leurs analyses de la situation qui prévaut chez nous, et échanger sur les pistes de recherches de solutions appropriées. Les Assises Nationales s’inscrivent ainsi en droite ligne dans le corpus et dans la trajectoire de l’histoire de notre pays.

Je vous remercie.

  

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