Communiqué du Bureau politique de l'AFP

Jeudi 28 novembre 2002



Le Bureau politique de l'AFP s'est réuni le jeudi 28 novembre 2002 sous la présidence de M. Moustapha Niasse, Secrétaire Général du Parti, à l'effet d'examiner l'ordre du jour suivant :

  • Situation nationale
  • Vie du parti

Evaluant la situation qui prévaut dans le monde rural, le Bureau Politique de l'AFP invite, encore une fois, le Président de la République à surmonter ses états d'âme et à lancer d'urgence un appel à l'aide internationale, pour sauver des vies humaines.

Les conséquences de la mauvaise récolte arachadière, auxquelles il faut ajouter les échecs répétés de deux campagnes agricoles, placent le Sénégal dans une précarité inédite. Cette année, avec les prévisions qui relèvent du désastre, le Gouvernement confirme sa décision de supprimer la filière arachidière sans en mesurer les conséquences pour le monde rural et l'économie nationale.

Par ailleurs, le Bureau politique exprime son indignation face à la gestion politicienne par le Chef de l'État du drame issu du naufrage du "Joola". Si l'appel à l'introspection du Président Wade depuis Ziguinchor doit s'arrêter aux mises en scène auxquelles son Gouvernement veut habituer les Sénégalais, le Bureau politique de l'AFP rend le Chef de l'État responsable des réactions de populations outrées par les manipulations du pouvoir qui tente d'user du temps et de vider de la mémoire collective, sa propre responsabilité et se soustraire, ainsi, comme dans l'affaire de l'étudiant Balla Gaye, aux procédures prévues par la loi. Le Bureau politique trouve moralement inadmissible et indéfendable que le Gouvernement du Sénégal qui demande aux ayant droits de renoncer à toute poursuite contre l'État, s'emploie, à travers des sommes dérisoires de 100.000 francs à affaiblir la ferme détermination des familles des victimes de faire aboutir leur lutte. Enfin, il est temps que le Gouvernement informe l'opinion sur le nombre réel des victimes et sur ce qui s'est effectivement passé. Les Sénégalais attendent encore d'être édifiés sur le sort réservé à l'épave du "Joola", depuis les engagements du Gouvernement de Me Wade.

Examinant la situation qui prévaut dans le milieu de la presse d'Etat, le Bureau politique de l'AFP dénonce l'absence d'intérêts en particulier de la Télévision nationale envers les préoccupations majeures des Sénégalais. Son instrumentalisation en une simple machine de propagande de Me Wade et de l'épouse du Chef de l'État est un recul des traditions démocratiques et républicaines et traduit par ailleurs le niveau de détérioration des mœurs politiques dans notre pays. Le Bureau politique s'élève vigoureusement contre ces pratiques de l'État-PDS et appelle l'ensemble de l'opinion et des acteurs politiques à se mobiliser pour mettre un terme à ces dérives d'un autre âge.

Au niveau parlementaire, le Bureau politique réaffirme son opposition à voter le budget dans les conditions d'impréparation et d'amateurisme qui prévalent actuellement. S'y ajoute que l'absence de mesures conséquentes en faveur du monde rural et des victimes du "Joola", sont des motifs supplémentaires du refus de l'AFP de participer à une mascarade. A peine une semaine sera consacrée à l'examen du budget en séance plénière. L'irrespect des hommes du pouvoir des Institutions de la République se manifeste partout. Constamment, la presse révèle qu'à la Présidence de la République s'activent des trafiquants de visas et de documents administratifs de toutes sortes qui donnent au Sénégal l'image peu reluisante d'une antre de contrebandiers et de faussaires.

Face à cette situation dramatique, le Bureau politique dénonce la proposition faite par des responsables du PDS d'octroyer des salaires aux Maires alors que des membres en vue de ce parti cumulent des mandats dont l'objectif inavoué est de financer les activités politiques du parti-État. En moins de trois ans, ce parti a mené la malgouvernance et la corruption à un niveau jamais égalé dans l'histoire de notre pays.

Une fois de plus, la presse a fait cas des accusations à propos des avantages fiscaux et douaniers dont bénéficie une société étrangère, intervenant dans le domaine portuaire. Le Premier Ministre y est nommément cité. Comme hier dans les affaires sordides de ventes de licences d'importation de véhicules et de friperies, du nom de domaine de la Sonatel, de l'amnistie fiscale accordée à Sénégal-Pêche, l'opinion publique attend toujours les réponses des hommes du pouvoir. Il en est de même des audits scandaleux qui ont actionné une justice à double vitesse. Quand on sait que les audits ont été pilotés par l'ancien Directeur de Cabinet du Président de la République et qui va les reprendre en mains à la Primature, le doute est permis. Le Bureau politique de l'AFP félicite les organisations des Droits de l'Homme qui ont dénoncé la prise en otages de citoyens sénégalais pour des raisons politiciennes.

Abordant la question des revers de la politique extérieure du Sénégal, le Bureau politique de l'AFP appelle le Chef de l'État à tirer les leçons de son isolement diplomatique, au lieu de multiplier des tensions inutiles de nature à exacerber l'aspérité, le harcèlement et la préséance qui prévalent dans sa démarche dans le conflit qui sévit en Côte d'Ivoire. L'AFP exprime son entière satisfaction pour le travail accompli par le Groupe de contact de la CEDEAO pour les efforts déployés dans le cadre de la recherche de la paix. L'AFP souhaite voir ce pays-frère où vivent 700 000 sénégalais retrouver la paix dans une UEMOA renforcée et une CDEAO en constant progrès.

Examinant le deuxième point de son ordre du jour, le Bureau politique informe ses militants, l'opinion nationale et internationale que le 1er Congrès de l'AFP aura lieu les 1er et 2 mars 2003. Auparavant, les Congrès des jeunes et des femmes auront été organisés le 28 février 2003. Le Bureau politique exhorte tous les militants à saisir l'importance historique du Congrès dans la vie du parti. Les objectifs majeurs assignés au parti, qui recherchent la modernité politique, sont réalisables et à notre portée. En effet, l'AFP se veut le parti de la convergence plurielle des forces socialistes et compte prendre date pour réconcilier le Sénégal et les Sénégalais avec le socialisme moderne.

En tant que parti de rassemblement, l'AFP exclut tout sectarisme et tout exclusivisme. Enfin, le parti veut restaurer, avec toutes les composantes du changement démocratique et autour d'une approche novatrice, un véritable dialogue politique, ouvert et franc, pour sortir le Sénégal des risques réels de naufrage collectif.

 

Dakar, le 28 novembre  2002

Le Bureau Politique de l'AFP