NOTE SUR LA CAMPAGNE AGRICOLE 2002 - 2003

I - INTRODUCTION

Comme prédit et annoncé bien avant le démarrage de l'hivernage et tout au long de son déroulement, la campagne agricole 2002 - 2003 sera l'une des plus médiocre de ces vingt (20) dernières années. Intervenus après deux années de bonnes récoltes, les piètres résultats ainsi obtenus prennent une signification particulière quant à l'incurie des nouvelles autorités qui ne parviennent même pas à tirer profit d'un environnement très favorable pour relancer durablement le secteur primaire.

II - LES CAUSES DE LA FAILLITE

  • Absence de volonté politique de solder le règlement des bons impayés pour 2 milliards de FCFA après une campagne de commercialisation hasardeuse, caractérisée par l'implication d'amis politiques inexpérimentés et cupides ;
  • Refus délibéré de mettre en place les semences après la dissolution précipitée de la SONAGRAINES suivie de la déstructuration de tout l'encadrement utile du Monde Rural. (70 000 tonnes mis en place en Juin 2000, 50 000 en juin 2001 et 0 tonne en juin 2002) ;
  • Manque de prévision notamment en ce qui concerne les bouleversements climatiques dont la conséquence observable depuis une décennie est l'implantation de plus en plus tardive de l'hivernage.

III -DEROULEMENT DE LA CAMPAGNE

Les paysans ont attendu désespérément les semences d'arachide avant de se décider à semer d'autres spéculations. Ce qui a pour conséquence de perturber le cycle végétatif du mil par exemple dont les semis sont normalement précoces.
A noter que concernant les céréales, les paysans ont été obligés de vendre leurs réserves au comptant pour faire face au besoin de ressources monétaires, suite au non paiement des bons d'arachide. Il y'a donc eu peu d'emblavures de mil.
De plus, la mauvaise expérience de la campagne 2001 avait découragé nombre de producteurs à faire de l'arachide.
Les premiers semis de juin ont fini par pourrir à cause de la pause pluviométrique. Seuls les semis de mi-juillet ont pu générer des productions correctes dans certaines zones au Sud de l'isohyète 500. Les troisièmes semis, très rares, en août, n'ont pu arriver à maturité.
Pris entre le manque de semences de mil et le peu d'intérêt à tenter l'aventure arachdière, les paysans se sont retrouvés piégés par l'irresponsabilité des autorités incapables de trouver une réponse adéquate au dilemme du monde paysan.
Il faut noter que la pluviosité de l'hivernage a été quasi identique à celle de 2001 dans les zones utiles du bassin Arachidier qui ont recueilli entre 500 et 600 mm. Seule la mauvaise répartition dans le temps a pénalisé le cycle végétatif et le manque de semences explique la très faible production.

IV - LE NIVEAU DES RECOLTES

Les niveaux des récoltes de la campagne agricole qui vient d'être bouclée seront les plus bas des vingt dernières années. Malheureusement les chiffres réels ne seront probablement jamais publiés puisque la cause fondamentale de cette catastrophe agricole est le fait du gouvernement. Les techniciens qui sont d'une très grande expertise ont été ''sensibilisés'' pour annoncer des chiffres ''politiquement corrects''.

4.1 ARACHIDE

C'est ainsi que pour l'arachide, les relevés effectués dans les principales zones donnent un chiffre de 250 000 tonnes globalement produites et ainsi réparties :

  • Kolda : 55 000 T
  • Tamba : 70 000 T 
  • Zone Nord : 17 000 T
  • Ziguinchor : 8 000 T
  • Kaolack/Fatick : 100 000T

La part de la récolte commercialisable pour l'huilerie sera de l'ordre de 145 000 tonnes donc inférieure à la collecte plancher historique de 1980/81. Les rendements n'ont guère dépassé 300 kg à l'hectare du fait du sabotage de la mise en place des intrants.

A noter que pour un capital semencier théorique constant de 120 000 tonnes au moins, 70% avaient toujours été mis en place par la Sonagraines.

Si les prix au producteur deviennent attrayants, ce qui est la tendance actuelle, il n'est pas exclu que les productions d'arachide des pays limitrophes prennent la direction du Sénégal.

4.2 MIL

Pour des récoltes de l'ordre de 1,2 à 1,3 Millions de tonnes ces trois dernières années, la campagne de 2002 n' a pu réaliser que 750 000 tonnes soit un déficit de 40%. Ici aussi on note le manque de semences. Puisque comme le dit la sagesse paysanne " l'homme ne doit pas précéder la graine sous terre. Il s'en nourrit pour ne pas mourir de faim ".

Au nord du pays, il n'y a pour ainsi dire pas de récoltes. Après une bonne tenue des cultures, des nuées d'oiseaux granivores sont venus saccager tous les épis. Il y a eu au mieux 20% des récoltes qui ont pu être sauvés entre Dagana et Bakel.

4.3 COTON

la SODEFITEX n'a guère pu réaliser que 23 000 tonnes sur 30 000 tonnes prévues et théoriquement largement à portée. Le Mali et le Burkina qui étaient loin derrière le Sénégal il y a un quart de siècle sont à des niveaux de production constants autours de 400 000 tonnes.

V - CONSEQUENCES

Pour une campagne de commercialisation de l'arachide lancée depuis le 02 décembre 2002, les collectes s'élèvent à 2400 tonnes entre la SONACOS (2000 tonnes) et la NOVASEN (400 tonnes) soit moins de 10% des quantités de l'année dernière à la même période. Le prix officiel est fixé à 120 F /kg mais les paysans producteurs arrivent à vendre leur production sur le marché libre à 225 F voire 250 F sans quitter leur champ. La notion de " bord champ " révolue depuis des lustres refait son apparition. A telle enseigne qu'on assiste, pour la première fois depuis plus d'un siècle, à la séquestration par la SONACOS, soutenue par les pouvoirs publics, de camions des graines affrétés par des opérateurs privés..

Si les revenus monétaires du monde rural tirés de l'arachide ont été de l'ordre de 80 milliards FCFA lors des deux précédentes campagnes on s'attend cette année à un effondrement autour de 20 milliards seulement. La pauvreté va donc s'intensifier et l'exode rural va enregistrer des niveaux records cette année.

Naturellement les autres conséquences sur les agrégats macro économiques ne se font pas attendre. N'est-ce pas la chute de la production arachidière qui explique à 75 % la dégringolade du taux de croissance prévu en 2002 d'après les aveux même du Ministre des Finances ?.

La période de soudure s'est d'ores et déjà installée dans plusieurs contrées. On ne parle plus de déficit mais d'une absence totale de vivres et d'une faillite alimentaire.

Il se fait tard pour demander humblement l'assistance internationale !

VI - PERSPECTIVES

6.1 ARACHIDE

Il n'y a plus de réserves de semences dans le pays. On parle d'un stock de 6000 (Six mille) tonnes !

Le P.D.G. de la SONACOS annonce un projet de production de semences en culture immigrante dans le Delta sur 2000 ha.

Limites au projet de la SONACOS

- Cela coûte cher, environ 400 000 F.CFA par hectare soit près d'un milliard pour l'aménagement global.

Pour un tel investissement, il serait stupide de produire des semences ordinaires. Il faut donc soit les importer, soit les faire multiplier par l'ISRA. C'est dire que des charges considérables vont encore être engagées.

Les techniques culturales d'irrigation ne pas sont maîtrisées et on espère au mieux réaliser des rendements de 1,5 tonnes/hectare. Soit pour toute l'opération une production de 3 000 tonnes de semences, ce qui est insignifiant par rapport au capital semencier requis.

Un ex-président du Groupe Parlementaire Libéral ressortissant de région du Bassin Arachidier a annoncé que Président de la République a un projet d'importation des semences d'Asie.

Limites du projet

  • - Quelle variété ?
  • Est - elle adaptée aux sols du Sénégal ?
  • A quel coût ? Une tonne de semence importée revient au minimum à 1000 US dollars. la tonne, soit près de 650 F le kg
  • Pour quelle rentabilité ?

On gagnerait dans ce pays à réfléchir sept fois avant de parler.

La solution préconisée par l'AFP est :

  • déclarer effectivement l'année arachidière 2003 très déficitaire ;
  • importer les huiles végétales ;
  • épuiser les stocks de graines de la SONACOS reportés depuis deux campagnes ;
  • consacrer la moitié de la récolte commercialisée à la reconstitution d'un capital semencier suffisant même s'il n'est pas de qualité.

6.2 Céréales

  • Tantôt on parle d'autosuffisance alimentaire, tantôt de sécurité alimentaire. Dans tous les cas, un pays, pour préserver son indépendance et sa dignité se doit de produire au moins 50% de sa consommation en produits agricoles.
  • On persiste à spécialiser le delta pour culture du riz alors que les sols ne s'y prêtent pas. Seuls 30 000 ha sur les 240 000 ha de la vallée sont adaptés au riz. Le reste pourrait être réservé au mil, la véritable spécialité de la zone avec le maïs (Et c'est en fait un problème culturel !. Le riz étant plutôt asiatique comme le blé est européen), le maraîchage ( culture de melon, pastèque, gombo, oignon, tomate), le coton pour lequel des rendements de 4 tonnes/ha sont possibles par rapport à 1 tonne/ha au sud, l'arachide de bouche dont la production peut atteindre 3,5 T/ha par rapport au 800 kg/ha sous pluie.
  • La recherche sur le mil a permis d'avoir une variété à 3,5 tonnes/ha par rapport au 750 kg/ha actuellement.
  • 20 % des terres de l'après barrage bien exploitées assureraient l'autosuffisance alimentaire du Sénégal.

    Peut être doit-on inviter nos gouvernants à méditer, cet extrait du discours du nouveau Président brésilien prononcé lors de son investiture " Si un seul Brésilien continue d'avoir faim, alors la honte continuera de s'abattre sur notre pays ! "