Commémoration du 3ème anniversaire de l'AFP

Samedi 24 août 2002

Hôtel Méridien Président

L'AFP, face aux enjeux d'une véritable alternance au Sénégal

Allocution de M. Moustapha Niasse, Secrétaire Général de l'AFP

 
Mes chers Camarades,

Le 16 juin de l'An 2002 correspondait au 3ème anniversaire de la Déclaration de principes qui a été le prélude à la création de notre parti.

Le 23 août 1999, l'Alliance des Forces de Progrès, créée le 14 juillet de la même année, recevait son Récépissé des services du Ministère de l'Intérieur.

Cet acte posait la consécration, dans l'histoire de notre pays, du cadre politique dans lequel nous décidions, en tant que citoyens, militants et patriotes, d'agir, pour le bonheur des Sénégalais et pour la réalisation des idéaux de démocratie, de justice sociale et de liberté au service desquels nous nous sommes mobilisés.

Nous célébrons, ce matin, ces trois événements : la Déclaration du 16 juin 1999, la création du parti et notre entrée, comme parti politique, dans le débat d'idées au Sénégal.

Depuis, nous avons pris part, six mois plus tard, à l'élection présidentielle du 27 février et du 19 mars 2000, puis, en avril 2001, aux élections législatives et, douze mois plus tard, aux élections régionales, municipales et locales, le 12 mai 2002.

Malgré la jeunesse de l'AFP, nos militantes et nos militants ont administré, la preuve qu'ils étaient en mesure de prendre part à tous ces scrutins, avec des résultats honorables. En même temps, nous avons œuvré à consolider notre engagement. Par la réflexion, par l'analyse et par l'action, nous avons ainsi élargi le faisceau de nos aspirations légitimes vers de vrais changements dans le mode de gouvernement de notre pays et pour une prise en charge consciente et organisée des responsabilités qui nous incombent vis à vis du peuple sénégalais.

Pour ce faire, nous avons voulu demeurer en conformité avec les axes et les orientations de principe qui figurent au fronton de notre programme et de notre projet de société. Notre parti a entrepris et poursuivi sa structuration interne, en s'attachant à la construction de l'édifice et à la définition des procédures de fonctionnement qui doivent permettre à l'AFP de planifier la réalisation progressive des objectifs qui lui sont assignés. Sur le terrain pratique, dans l'ensemble des régions de notre pays, cette structuration se poursuit et va bientôt s'achever. Dans quelques mois, s'il plaît à Dieu, nous serons en mesure d'organiser le Congrès du Mouvement national des Jeunes, puis le Congrès du Mouvement national des Femmes et enfin le premier Congrès ordinaire de l'Alliance des Forces de Progrès.

Nous ciblons la fin de l'année 2002 ou le début de l'année 2003, s'il plaît à Dieu.

L'AFP sera ainsi dotée de structures de gestion et d'administration, de supervision et d'animation de l'ensemble de ses activités, de la base jusqu'au sommet de la pyramide des responsabilités et des compétences. Cette ambition-là, le parti est en mesure de la réaliser, si nous continuons d'être unis, si nous cultivons, dans une ambiance de saine émulation, les vertus de tolérance, l'esprit de fraternité et de solidarité active. C'est en continuant d'être habités par le sentiment profond de la communauté de notre combat, de la vigueur dont nous devons le nourrir, et en formant une équipe, partageant les mêmes idéaux, faisant face, ensemble, à toute situation, que nous serons en mesure de relever les défis.

Pour toutes ces raisons, notre choix de poursuivre ce combat, doit se traduire constamment par notre volonté de singularité dans la méthode comme dans l'aménagement de nos objectifs, au milieu du paysage politique sénégalais. A la lumière des expériences successives que nous avons vécues, au sein du premier Gouvernement de l'alternance et depuis que, par la grâce de Dieu, l'Alliance des Forces de Progrès a quitté ce Gouvernement, sans regret et sans amertume, nous continuons de remplir les servitudes, charges et missions qu'induisent nos responsabilités de parti de l'opposition démocratique au Sénégal.

Notre parti a refusé, après plusieurs démarches effectuées auprès de lui par le pouvoir en place, de se fondre dans le parti du Président de la République. Auparavant, en diverses autres circonstances et en l'espace de onze mois, l'AFP avait marqué sa différence et manifesté son indépendance au nom de sa propre identité et du projet national qu'elle porte depuis sa création.

Si c'était à recommencer, nous adopterions la même attitude.

Au cours de la première semaine de la campagne électorale pour les législatives d'avril 2001, nous déclarions, au cours d'une réunion publique à Ziguinchor, que notre pays était en danger. Comme disait l'autre, nous nous trouvions alors au bord du précipice. Depuis, nous avons fait un grand pas, dans le vide.

Aujourd'hui, cette situation est vécue par les Sénégalais dans leur chair comme dans leur tête, non pas comme une fatalité, mais comme la résultante de dérives constantes qui ont émergé, les unes après les autres, dans toutes les contrées de notre pays. Ces dérives sont le fruit d'une politique chaotique. La situation qui sévit au Sénégal n'est liée à aucun hasard. Nos travaux d'aujourd'hui nous donneront l'occasion d'en parler amplement, avec sérieux et sens des responsabilités.

Le mal s'est aggravé et a atteint, à présent, un niveau que nul ne pouvait imaginer. Il couvre tous les secteurs de la vie nationale : l'industrie, les petites et moyennes entreprises, les petites et moyennes industries, les zones urbaines et suburbaines. Le mal sévit aussi, avec des conséquences encore plus désastreuses, dans le monde paysan où les activités productives occupent près de 65 % de la population sénégalaise, dans le secteur de l'agriculture, de la pêche et de l'élevage.

L'AFP n'a pas attendu le déficit pluviométrique de l'hivernage 2002 pour attirer l'attention des autorités politiques et des décideurs au sommet sur les risques majeurs encourus par l'économie rurale au Sénégal. Une politique de pilotage à vue, aggravée par des mesures hâtivement mises en œuvre, un manque de savoir-faire de la part d'acteurs et d'administrateurs de la chose publique, arc-boutés sur de fausses certitudes partisanes et exclusives, tout cela a conduit à la situation que nous vivons et déplorons tous. Sonner le branle-bas, s'agiter dans tous les sens en faisant appel à la communauté internationale en faveur d'un mouvement d'assistance dont les bénéficiaires ne seront finalement pas les paysans eux-mêmes, effectuer de prétendues tournées de quelques heures au milieu de populations affamées, voilà les comportements que les Sénégalais ont déjà décryptés comme la marque d'une aveugle agressivité et celle de l'inanité des effets qu'ils produisent ou des modèles qu'ils suggèrent à la jeunesse du Sénégal.

Aujourd'hui, nous discuterons de sujets importants et je vous y invite instamment, mes chers Camarades.

Nous examinerons la question de cette détresse du monde rural, de ses causes, de ses conséquences directes sur la sécurité, sur la santé, sur le bien-être des Sénégalais. Nous tirerons les leçons de cette catastrophe pour en tirer des enseignements utiles, pour le présent comme pour l'avenir.

Nous discuterons, aussi, de la conception dite sénégalaise du Nepad (Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique), projet qui n'est ni compris ni présenté sur les mêmes notes d'harmonie, selon qu'on se trouve à l'ouest ou à l'est du continent africain, dans sa partie nord ou dans sa partie australe. Les dirigeants sénégalais semblent consacrer beaucoup de temps, trop de temps à ce Nepad qui finit par constituer un écran opaque et une non- priorité par rapport aux attentes des Sénégalais, qui, légitimement, préfèrent, sans tourner le dos à la nécessité d'une intégration des économies africaines, que leurs problèmes quotidiens soient pris en compte et résolus par ceux-là qu'ils ont élus à cet effet.

Comment pourrons-nous éviter de discuter aussi de la décrédibilisation de l'image de notre pays, dans ses rapports avec ses voisins immédiats, dans la région ouest-africaine, sur le continent, dans les instances internationales, quand nos gouvernants n'hésitent pas à se faire isoler, dans des enceintes politiques ou économiques, par des prises de position curieuses, illogiques, injustifiées et vaines ? Le développement va avec la diplomatie et la coopération avec les partenaires extérieurs, dans ses effets récurrents, est toujours en adéquation avec le poids politique dont pèse chaque pays, la considération dont jouissent ses dirigeants, leur participation active à la solution des conflits lorsqu'ils sont écoutés, respectés, consultés, associés aux grandes décisions.

Pourquoi devons-nous accepter que notre pays, à l'intérieur, devienne un lieu d'embrasement du crépuscule, et, à l'extérieur, dans la perception de nos partenaires, un vaste boulevard des rêves brisés ?

Si nous voulons, en tant que parti politique, nous tenir à l'écoute des populations, demeurer mobilisés, comme nous le sommes aujourd'hui et même davantage devant tous ces défis, nous devons continuer de porter un regard attentif et vigilant sur ce qui se déroule, sous le régime de l'alternance, dévoyée sur la manière de gouverner ce pays et sur les actes posés par les nouvelles autorités qui alternent, au rythme des saisons, mal-gouvernance, pire gouvernance et pas de gouvernance du tout.

Le Fichier électoral mérite, de notre part, une attention soutenue, car sa fiabilité détermine celle de l'ensemble du processus électoral. Ce Fichier électoral pose problème, chacun le sait, tout comme le refus des autorités de l'État de toute idée de création d'une Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI). Fort curieusement, les adversaires de la CENI, aujourd'hui, figurent parmi les premiers qui réclamaient ardemment la même CENI lorsqu'ils se trouvaient de l'autre côté de la rivière.

Nous devons nous mobiliser parce qu'encore une fois le Sénégal est en danger. Se mobiliser est aujourd'hui un devoir impérieux pour tous les Sénégalais. Ce devoir marque le refus de croiser les bras au moment où tous les signaux annoncent des lendemains d'angoisse, de désespoir, de récession économique, d'accroissement de la fracture sociale, de déficits cumulés, au moment où l'avenir s'ouvre sous de sombres perspectives.

Nous refusons la fatalité.

Il faut le dire : il n'est pas toujours agréable, pour les patriotes que nous sommes, de constater que l'on avait raison en lançant, avec sérénité, patience et persévérance, signaux et appels, pendant près de deux années. Ceux qui doutaient de notre sincérité, ceux qui voulaient railler sur nos avertissements, ceux-là, depuis quelques semaines, ont reconnu l'évidence et, pour la plus part, en sont arrivés aux aveux même si certains d'entre eux, avec témérité, accusent la pluie qui ne vient pas, les éléments naturels et, peut-être même, dans le silence de leurs frayeurs, le Très Haut.

Pourquoi, présentement, la situation de notre pays, en ce mois d'août 2002, doit-elle se conjuguer avec les vocables de catastrophe, de gouffre, de cataclysme, de désastre, de désolation, de séisme, de dysfonctionnement et autres calamités ?

L'Alliance des Forces de Progrès, aujourd'hui comme à l'occasion de ses précédentes manifestations du même genre, veut saisir l'occasion pour rappeler que diriger un pays, c'est d'abord vouloir comprendre et promouvoir ses propres valeurs au service de l'intérêt général, avec discrétion et modestie, pour viser l'efficacité. L'AFP veut démontrer que diriger un pays, c'est être sensible aux préoccupations, aux souffrances, aux espoirs et aux efforts de ceux qui l'habitent, c'est assurer une conduite équilibrée des options et des actions qui font l'histoire. Diriger un pays, c'est aussi et c'est surtout se montrer capable de ne rien laisser au hasard et de ne jamais improviser, dès lors que l'État, la communauté nationale, le peuple sont en cause ou sont gravement menacés. Diriger un État requiert que l'on soit habité par cette permanente vérité que les sentiments qui font l'homme d'État, ce sont la foi en Dieu, le courage, l'honneur, le sens de la grandeur. Mieux, toute l'histoire de l'humanité a permis d'établir qu'être homme d'État implique de savoir quitter le cercle des enthousiastes qui voguent entre l'euphorie et la dépression, s'abandonnant à des réflexes de chimères soporifiques. Les dirigeants d'un pays doivent savoir reconnaître le rôle de l'État et ne jamais oublier que l'État c'est la liberté en actes, qu'il n'est pas une abstraction au service d'une ambition ou d'ambitions limitées à un cercle restreint. L'État ne peut être privatisé au profit d'une famille, d'un clan ou même d'un parti politique.

Pour nous, responsables, militants et sympathisants de l'Alliance des Forces de Progrès, l'État sénégalais ne saurait être et ne sera jamais une puissance extérieure au peuple, qui écrase et réduit les citoyens à une situation de servitude résignée. Pour nous, responsables, militants et sympathisants de l'AFP, la gestion de l'État doit obéir à des servitudes républicaines, totalement impersonnelles et détachées des contingences. Tout dirigeant qui se respecte doit être affranchi de tous les réflexes de boulimie, pour que se réalisent, dans l'unité et dans la concorde nationale, le génie sénégalais et les valeurs d'une société apaisée et juste.

Mesurés à l'aune de ces principes d'éthique républicaine, les comportements qu'affichent avec arrogance ceux qui nous gouvernent, se passent de commentaires.

Nous voulons relever les défis.

C'est pourquoi, nous sommes, aujourd'hui, résolument engagés dans l'opposition sénégalaise. Parce que nous avons fait le choix de lutter pour l'avènement d'un type de société qui refuse définitivement la division des populations en deux catégories, la catégorie de ceux qui produisent en souffrant, comme les paysans et les travailleurs de tous niveaux, et la catégorie de ceux qui profitent de la souffrance des autres, dans les villes et dans les campagnes. En se hissant à des postes de responsabilité où ils trônent et croient que leur pouvoir du moment les couvre de privilèges et les placent au-dessus de la loi et du droit.

Où va le Sénégal, notre cher pays ?
Nous nous défions de tous ces nouveaux riches encore mal convaincus de leur bonne fortune. Nous nous défions de cette forme d'exercice solitaire du pouvoir. L'histoire jugera, comme le disait le Cardinal de Retz, en distinguant l'extraordinaire de l'impossible, ces hommes d'outrance qui isolent le Sénégal sur la scène internationale, qui, dans notre pays, chaque jour, préparent pour les Sénégalais une ambiance de séisme, ceux-là qui sont si sûrs d'eux-mêmes, au point d'oublier qu'il faut, et de toute urgence, tout réformer, tout repenser, tout reconstruire, si nous voulons sauver notre pays. Nous refusons toute verticalité aléatoire et pernicieuse entre les décideurs et les citoyens. Nous refusons tout système de différenciations hiérarchiques entre les vrais besoins du peuple et ce que les dirigeants prennent, seuls, comme les priorités qui sont en réalité leurs propres priorités, sans jamais consulter personne. Ce sont ces dérives-là qui conduisent au pouvoir patrimonial, à une dictature qui ne porte pas son nom, coupant totalement ces dirigeants de tout lien avec le peuple.

Le refus de reconnaître la réalité est là, chaque jour, et il contribue à arrêter la marche de notre pays vers le progrès. L'opposition démocratique et nationale doit, dans le respect scrupuleux de la loi, organiser la résistance contre toutes ces dérives qui menacent l'unité des Sénégalais. Notre pays ne doit pas se liquéfier au moment où le rapport entre gouvernants et gouvernés se délite progressivement. Le projecteur social éclaire dans toute sa nudité l'échec d'une politique. Depuis combien d'années, le taux de croissance annuelle, oscillant entre 5 et 6 % n'a-t-il pas administré la preuve de ce que ce critère, s'il ne repose pas sur une réalité économique positivement vécue par les populations, ne change en rien la pauvreté des masses ni les souffrances qu'elles endurent. Il ne faut pas se réveiller après coup, car lorsque le pouvoir évolue au milieu des dangers et des récifs, par l'intrigue et par la violence, il faut organiser le combat.

Comment ne pas penser à la tragédie qui se déroule, depuis vingt années, dans la région méridionale du Sénégal, la Casamance ?

Nous en discuterons, naturellement, ce matin.

Je voudrais, maintenant, conclure cette allocution introductive de la cérémonie d'ouverture des manifestations du 3ème anniversaire de l'AFP.

Cet anniversaire de notre parti, de votre parti, l'Alliance des Forces de Progrès, est un moment de ferveur et de mobilisation.

Chacune de vous, chacun de vous, est en droit d'éprouver un sentiment de fierté d'appartenir à une formation politique qui, en trois années, a su non seulement s'affirmer dans notre paysage politique mais aussi incarner les aspirations profondes du peuple sénégalais, sans jamais perdre de vue que notre démarche appelle, encore, ajustements, corrections et remises en cause dont, avec lucidité, nous ressentons la nécessité.

Sans verser dans l'autosatisfaction, réflexe tout à fait étranger à ma propre culture et à celle de notre parti, je ne peux m'empêcher, vous ne pouvez vous empêcher de penser à tout le chemin parcouru ensemble. Je ne peux, en cet instant, manquer de penser à nos vaillants camarades, rappelés à Dieu pendant ces trois années et qui, avec nous, dans nos contrées, sont allés semer la bonne graine auprès des populations, exposant et expliquant les idéaux et le programme de l'AFP. Nous les avons accompagnés, avec nos prières, jusqu'à leur chevet, à l'hôpital, dans leurs domiciles, au milieu de leurs familles, puis au cimetière, en pleurant dans nos cœurs et en demandant au Très Haut de leur accorder Sa Grâce et Ses Bénédictions dans l'au-delà. Pour eux, sans exception, nous avons une pensée pieuse et affectueuse, en guise d'amitié et de reconnaissance pour les actions ensemble accomplies avec eux.

Hier, l'AFP a été le moteur de l'alternance politique dans laquelle nos compatriotes avaient placé tant d'espérance. Les tablettes de l'histoire de notre pays ont définitivement recueilli cette contribution de notre parti à l'alternance et personne ne pourra l'effacer.

Aujourd'hui, l'AFP se réclame du refus de cautionner la politique de régression du pouvoir actuel qui a tourné le dos aux engagements solennellement pris devant Dieu et devant le peuple sénégalais.

Demain, l'AFP restera fidèle à l'esprit du 16 Juin 1999, bâti autour de la volonté d'instaurer le changement dans notre pays et de revenir aux idéaux de liberté, de justice et de progrès dont a été porteur le vote historique du 19 mars 2000.

Aujourd'hui, comme hier, soyez convaincus d'être, avec d'autres forces politiques et mouvements associatifs - dont je salue ici la présence de certains d'entre eux, en particulier les partis membres du Cadre Permanent de Concertation de l'opposition (CPC) - les dépositaires de l'alternance, de la vraie alternance, celle que les Sénégalais ne connaissent pas encore.

Je les remercie dans un hommage collectif, en votre nom, pour leur présence parmi nous. De même, sans plus tarder, j'adresse mes chaleureuses félicitations au Comité d'organisation de ce 3ème anniversaire de l'AFP, au Président des deux Commissions, aux Femmes, aux jeunes et à tous ceux qui ont contribué au rassemblement qui nous réunit ce matin.

Nous devons développer cet esprit d'organisation et de méthode et nous mobiliser pour les batailles futures.

Encore une fois, nous ne pouvons pas rester insensibles à la situation de détresse dans laquelle se trouve aujourd'hui le monde paysan. Il n'y a pas de fatalité à cela.

Les moyens de résoudre la crise existent bel et bien. Manquent les hommes d'expérience, dans le landernau politique assumant, présentement, des responsabilités d'État, manquent l'humilité et le souci de vérité sans lesquels ces dirigeants se révèlent incapables d'appréhender et de comprendre les éléments divers des mécanismes de gestion d'une crise nationale de cette nature. Les solutions de cette crise ne sauraient s'identifier aux gesticulations et manipulations auxquelles nous assistons, depuis quelques jours. Les Sénégalais ont besoin d'autre chose que de verbe ou de discours érigés en mode de gouvernement, à l'intérieur comme à l'extérieur et qui aboutissent à ce spectacle dénué de sens où des villages entiers, en guise d'aide, reçoivent un lot unique et définitif de 50 kgs de riz.

C'est que notre pays vit sous le régime de l'imposture se traduisant par des promesses jamais tenues, un développement sans cesse conjugué au futur, des dérives incohérentes et liberticides ainsi que des pratiques de pouvoir relevant d'un passé révolu.

En réalité, le pouvoir actuel n'a rien compris ni du vote du 19 mars 2000 ni du message des Sénégalais exprimé à travers les urnes en cette soirée historique où toute la jeunesse de notre pays s'était mobilisée, les bras levés au ciel, pour chanter sa victoire et clamer son espoir d'un changement définitif à la tête du Sénégal.

Là où nos concitoyens attendaient des comportements nouveaux et une autre façon de gouverner le pays, ils découvrent un mode d'exercice du pouvoir où l'arbitraire le dispute à la gabegie, où 6 milliards de francs cfa destinés aux producteurs d'arachide sont détournés, dans les ténèbres des combines, dans une impunité provocatrice, au vu et au su des partenaires extérieurs, ahuris, déçus mais point résignés. Et comme l'œil de Caën au fond de la tombe, Internet garde encore les 6 milliards ravis aux paysans sénégalais et les 15 milliards annoncés à grand renfort de publicité ne pourront jamais faire oublier le forfait de mars 2001. Les Sénégalais ont découvert un système du culte de la personnalité qui fait office de vitrine démocratique, où le prétendu pouvoir est dilué dans de sempiternelles et fausses démonstrations, avec des vernis cosmétiques comme l'aménagement de trottoirs en bord de mer au moment où sont oubliés les quartiers populaires qui manquent de tout ou l'élévation d'une kyrielle de statues et de monuments comme si le Sénégal, oubliant de construire son avenir, était déterminé à se transformer en musée de l'histoire.

Le Seigneur n'abandonnera pas les Sénégalais, si fiers de leur foi et si capables de faire face aux difficultés de ce monde. Et c'est pourquoi, ce tableau, si sombre soit-il, ne va pas nous conduire à la résignation. Il doit, bien au contraire, nous convaincre de la justesse de notre combat politique comme les attentes légitimes que les Sénégalais ont investies en nous. Que Dieu bénisse le Sénégal !

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